Les inondations ne justifient pas d'exceptions au pacte de stabilité, selon Romano Prodi

Les inondations meurtrières et dévastatrices qui ont touché l'Europe centrale ces derniers jours relancent le débat sur le pacte de stabilité européen. En effet, les destructions causées par la montée des eaux coûteront cher aux deux Etats de l'Union européenne touchés, l'Allemagne et l'Autriche. Dans ce dernier pays, le chancelier Wolfgang Schlüssel a ainsi estimé que l'impact des inondations coûterait 0,5% du PIB à l'Etat autrichien. Mais le déficit public autrichien restera à un niveau raisonnable.Tel ne sera sûrement pas le cas de son puissant voisin du nord. En Allemagne, où le déficit frôlait déjà la limite des 3% du PIB autorisée par le pacte de stabilité et de croissance, l'ampleur des dégâts fera inévitablement glisser les dépenses publiques. Le ministre de l'Economie Werner Müller ne l'a d'ailleurs pas caché vendredi en déclarant que des "charges supplémentaires pour le budget" seront "inévitables", en raison des "dégâts immenses causés aux infrastructures". Dans le seul land de Saxe, où se trouve la ville martyr de Dresde, le coût lié aux infrastructures s'élèverait à 600 millions d'euros. Selon les organisations paysannes, les dégâts sur l'économie agricole seront de l'ordre de 2,5 milliards d'euros.Difficile dans ces conditions de satisfaire aux critères fixés par Bruxelles. Certains commençaient donc à évoquer la demande par Berlin d'une dérogation au pacte de stabilité en vertu de la clause de ce pacte évoquant des "circonstances particulières". Des sources proches de la chancellerie indiquaient ce matin que la réunion prévue dimanche à Berlin entre les quatre pays les plus touchés par les inondations serait le théâtre d'une demande officielle de Gerhard Schröder de faire appel à cette clause.Mais, c'était sans compter sur la Commission. N'ayant cure des "circonstances particulières", son président Romano Prodi a d'ores et déjà prévenu que les inondations ne devraient pas "être un prétexte à une modification" du pacte de stabilité ou "à d'éventuelles exceptions". Selon Romano Prodi, en visite à Prague, l'Allemagne aurait, sans les inondations, été plus lourd que prévu et les "circonstances particulières" ne sauraient donc être mises en avant. En se montrant très strict sur l'application du pacte de stabilité, la Commission prend le risque d'apparaître, encore une fois, comme un "cerbère" d'un pacte de stabilité quasi-sacralisé, donnant des arguments à ceux qui, dans la zone euro comme en dehors, lui reproche une vision trop technocratique et trop peu humaine des situations. Reste, pour finir, à connaître, au-delà du coût humain et culturel inestimable, les conséquences de ces inondations sur l'économie de la première économie du Vieux continent. Dans un premier temps, nul doute qu'il sera négatif. Certaines entreprises ont vu leurs locaux et leur matériel détruits, tandis que les habitants, traumatisés ne seront sans doute pas enclins à consommer. A moyen terme cependant, certains économistes comme Gustav Horn, de l'institut DIW, interrogé par l'AFP, estiment que le processus de reconstruction pourra donner un coup de fouet à l'économie germanique en relançant le secteur sinistré de la construction. Un moteur de reprise dont se serait cependant bien volontiers passé les 4,2 millions d'Allemands touchés par la montée des eaux.

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