Le Brésil obtient 30 milliards de dollars du FMI

Après l'Uruguay, le Brésil obtient de la part du FMI le ballon d'oxygène nécessaire à rassurer les marchés, mais l'acceptation des conditions du fonds est loin d'être acquis par tous les acteurs politiques du pays. En offrant un prêt de 30 millions de dollars à Brasilia, le FMI a donc décidé d'agir très vigoureusement pour empêcher tout risque de contagion de la crise argentine à l'ensemble du continent latino-américain. Le Brésil pourra obtenir 80% de la somme dès 2003. Par ailleurs, le Brésil a obtenu l'accord du FMI pour réduire de 15 à 5 milliards de dollars le plancher des réserves en devises de sa banque centrale, la BCB. Un assouplissement qui devrait permettre à celle-ci de mieux défendre le real face au dollar.Le montant total des liquidités accordées au Brésil par le FMI atteint donc 40 milliards de dollars, ce qui représente la plus forte aide jamais accordé par le FMI depuis sa création en 1944. Il est largement supérieur à toutes les estimations des économistes. Ainsi, Christian Sacke, chef de la division marchés émergents de Creditsights, interrogé par Reuters, note que cette avance "va au-delà de toutes les attentes". Selon lui, ce prêt répond au "vrai problème du Brésil, qui était un problème de liquidités à court terme". Après le prêt accordé à l'Uruguay, cet accord marque également une nouvelle fois la volonté des Etats-Unis de ne pas laisser glisser le sous-continent dans la tourmente, ce qui pourrait provoquer de forts remous politiques. Washington, qui est évidemment à l'origine de l'accord, en a logiquement très vivement salué la conclusion. Paul O'Neill, le secrétaire d'Etat au Trésor qui, voici quelques semaines, avait refusé d'accorder de l'argent au Brésil en raison de la "corruption" de sa classe politique s'est félicité cette nuit du prêt du FMI et s'est dit confiant dans la capacité du Brésil à "poursuivre sa croissance".Restent les conditions imposées par le FMI au Brésil pour l'accord de ce prêt. Elles sont drastiques. D'abord, le pays sera soumis à l'austérité budgétaire. Le déficit primaire du budget de l'Etat (hors service de la dette) ne devra pas dépasser en 2003 son niveau actuel qui est de 3,75% du PIB. Et le FMI contrôlera chaque trimestre le respect de cet engagement. Par ailleurs, les budgets 2004 et 2005 devront également inscrire un objectif minimum de 3,75% du PIB. Si le Brésil ne respecte pas ces conditions, le FMI cessera immédiatement de verser les liquidités promises. Brasilia est donc placé sous un contrôle quasi-permanent de l'institution de Bretton Woods. Mais si le président actuel Fernando Henrique Cardoso s'est réjoui d'un accord "excellent pour le pays", qui "ne sera pas étranglé" et a appelé à "l'amplification du rôle du FMI", ce n'est probablement pas son gouvernement qui assurera la mise en oeuvre concrète du plan. Car c'est l'équipe issue de l'élection présidentielle du 5 octobre qui devra, en fait, assurer le respect des conditions du FMI. Or, les deux leaders dans les sondages sont actuellement des candidats de l'opposition de gauche. Le candidat du parti des travailleurs, Luiz Ignacio Lula da Silva, fait campagne sur une plus large générosité de l'Etat et sur un discours très anti-libéral. Récemment, avec son principal challenger le centriste de gauche Ciro Gomes, Lula a réaffirmé qu'il ne dépasserait pas les 3,75% du PIB pour le déficit primaire de l'Etat. Il sera néanmoins indispensable d'obtenir leur accord pour sceller réellement le plan du FMI. L'actuel gouvernement a annoncé qu'il travaillerait à obtenir l'accord des principaux candidats. Apparemment, Luiz Lula da Silva semble se faire une raison. Dans un entretien accordé à la radio CBN, le candidat de gauche a indiqué qu'il était "favorable à l'idée que le Brésil reçoive l'argent du FMI parce que le Brésil en avait besoin". Il s'est d'ailleurs félicité de cet accord qui permet, selon lui, de "donner un nouveau souffle à la campagne" et de "protéger le Brésil des agences de classification du risque pays". Pour autant, il n'a pas donné son accord officiel au plan du FMI. Il s'agit pour lui de ne pas renier ses promesses. Il a donc estimé qu'il devait "encore connaître en détail les termes de l'accord" et les "analyser" avec son équipe.Outre le nécessaire apport de liquidités, le FMI et Washington entendent donc avec ce plan assurer les marchés que, même en cas de victoire de la gauche le 5 octobre, la politique économique et budgétaire du Brésil restera inchangée. Le président du FMI a ainsi assuré qu'il "soutiendrait tout gouvernement qui défendra une politique économique saine". Un discours repris en écho par les Etats-Unis qui se sont dit prêts à "soutenir le Brésil tant qu'il continue à mettre en oeuvre" la politique préconisée par le Fonds.A l'ouverture des marchés sud-américains, le real brésilien s'est fortement apprécié de 5,2% après la conlusion de cet accord. La monnaie brésilienne, qui avait déjà progressé au cours des deux derniers jours, a ouvert à 2,87 reals pour un dollar, contre 3,02 à la clôture hier.

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