Les banques européennes provisionnent

Difficile deuxième trimestre pour la quatrième banque allemande. La Commerzbank a en effet annoncé ce matin des résultats nettement inférieurs aux attentes des analystes. Commerzbank évite ainsi de justesse les pertes en présentant un bénéfice net de 2 millions d'euros au deuxième trimestre, en baisse de 98% sur un an et de 97% sur trois mois. Un résultat inférieur de 90% aux 19 millions attendus par le consensus des analystes. Le bénéfice avant impôt est tout aussi décevant. Avec 25 millions d'euros, il se situe bien en deçà des 48 millions d'euros attendus par les analystes et 90% en dessous du bénéfice avant impôt du deuxième trimestre 2001. Comment expliquer une telle rechute, alors que le premier trimestre avait sonné l'heure du retour aux bénéfices de la Commerzbank après un semestre noir ? D'abord, la conjoncture et la mauvaise santé des marchés financiers ont continué de pénaliser le groupe. Le produit net bancaire du groupe bancaire a ainsi reculé de 7,31% sur le trimestre par rapport à la même période de l'an dernier. Selon le communiqué du groupe, les revenus liés au marché financier ont été moins importants encore au deuxième trimestre 2002 qu'au trimestre précédent. Au cours des trois mois allant d'avril à juin, Commerzbank a ainsi vu le montant de ses commissions reculer de 7,2% sur un an. Quant à la division de gestion d'actifs, elle doit accuser une perte sur le premier semestre. Mais, la mauvaise santé de l'économie allemande a eu une autre conséquence de poids sur les résultats de la Commerzbank. La banque a dû augmenter ses provisions de 74% au deuxième trimestre par rapport à celles enregistrées l'an dernier sur la même période. Sur l'ensemble du premier semestre, les provisions du groupe s'élèvent déjà à 562 millions d'euros. Sur ce plan, la banque est touchée de plein fouet par la vague de dépôts de bilan qui frappe l'Allemagne. On sait que Commerzbank était le créancier d'une des plus retentissantes faillites de l'histoire économique outre-Rhin, celle de Philipp Holzmann. Mais, le nombre de faillites, notamment dans le secteur du bâtiment aurait progressé de 40% en Allemagne au premier trimestre, mettant les banques face à des créances incertaines. Pour le reste de l'année, Commerzbank ne peut donc plus, après ce mauvais trimestre, afficher les mêmes ambitions. Après avoir supprimé 1.500 emplois au cours des six premiers mois de 2002, le groupe entend poursuivre sa politique de réduction de coûts, mais il a indiqué qu'il lui faudra "un environnement plus favorable" pour atteindre ses objectifs. "Il sera donc très difficile", a ainsi indiqué le communiqué de Commerzbank, "d'atteindre nos prévisions pour l'ensemble de l'année 2002".Au contraire, l'établissement néerlandais ABN Amro a confirmé ce matin ses prévisions, certes prudentes, d'un bénéfice 2002 hors exceptionnels égal celui de 2001. Le groupe a affiché un bénéfice de 534 millions d'euros pour le deuxième trimestre 2002, en baisse de 67% par rapport aux 1,633 milliard d'euros dégagés sur la même période de 2001 mais ces derniers incluaient une plus-value exceptionnelle de 962 millions d'euros.Hors exceptionnels, la baisse n'est que de 20%, ce qui est supérieur aux estimations des analystes qui pensaient voir les profits de la banque ramenés à 527 millions d'euros maximum. Pour le premier semestre, le bénéfice net d'ABN Amro est tout de même en baisse de 59% à 931 millions d'euros. Plus inquiétant, le niveau des provisions pour risques passées par la banque à augmenté de presque 50% en trois mois, à 583 millions d'euros. Sur les six premiers mois de l'année, les provisions s'établissent à 973 millions d'euros, soit une progression de 87,1%. Le groupe a indiqué s'attendre à un niveau de provisions "légèrement plus élevé" en 2002 "en raison d'un grand nombre de faillite d'entreprises". ABN ne pensait atteindre que 900 millions d'euros au premier semestreA ce sujet le PDG du groupe, Rijkman Groenink, a eu des mots très violents pour stigmatiser la mauvaise gestion des entreprises. "Laissez-moi vous dire en anglais que nous sommes exceptionnellement "pissed-off", nous en avons particulièrement marre", a-t-il lancé durant une conférence de presse ce matin en réponse à une question sur les implications des faillites récentes liées à des manipulations de comptes. "Environ 300 millions d'euros [de provisions] sont la conséquence directe des pratiques frauduleuses", a indiqué le directeur financier du groupe, Tom de Swaan lors de cette conférence de presse. "Par conséquent, nous estimons que le niveau de provisions devrait être légèrement supérieur aux 1,600 md EUR prévus sur l'ensemble de l'année", estime le groupe. Le niveau des provisions d'ABN Amro s'explique aussi et surtout par son expositon au Brésil, qui représente 16% de son PNB (chifrre d'affaires). Sur le semestre, le produit net bancaire sur cette zone, en euros, a augmenté de 3,7% mais le résultat d'exploitation a reculé de 5,1% en euro et de 1,7% en real, précise la direction d'ABN Amro. Au deuxième trimestre, le produit net bancaire a toutefois reculé de 12,7% par rapport au premier trimestre à 468 millions d'euros. Corrigé en fonction des effets de change, la baisse est de 3,7%. ABN Amro a une exposition de 5,1 milliards d'euros pour des obligations d'Etat et de 4 milliards d'euros pour le portefeuille de crédit au Brésil. Si la crise argentine continue de faire tâche d'huile, ABN Amro ne sera plus en mesure d'atteindre ses objectifs déjà extrêmement prudents.En fin de journée, le titre Commerzbank a grimpé de 6,94% à 10,48 euros à Francfort tandis que celui d'ABN Amro progressait de 11,50% à 16 euros à Amsterdam.

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