Paris renvoie à plus tard les débats européens qui fâchent

L'examen des grandes orientations des politiques économiques (Gope) lors du prochain conseil des ministres de l'Economie et des Finances (Ecofin) des Quinze, le mardi 4 juin, indispose le gouvernement français. Paris ne souhaite pas prendre d'engagements avant les élections législatives et demande aux instances communautaires le report de l'adoption des Gope à plus tard. L'affaire est avant tout politique. D'abord, que vaudra aujourd'hui la parole du gouvernement Raffarin si celui-ci devait céder sa place à la gauche après le 16 juin ? Jacques Chirac s'est d'ailleurs personnellement engagé hier dans la campagne en appelant les Français à lui donner une majorité " cohérente " à l'Assemblée nationale. Ensuite, le gouvernement Raffarin ne pourrait, sans incohérence, s'engager, avant les législatives, sur une orientation économique en inadéquation avec les promesses électorales de la droite. Notamment s'agissant des questions sensibles comme l'assainissement des finances publiques ou la réforme des retraites. Les Gope mettent par exemple l'accent sur " la qualité et la viabilité " des finances publiques et soulignent, conformément au Pacte de stabilité budgétaire de l'euro, la nécessité d'appliquer une " politique budgétaire de façon à atteindre ou à conserver des soldes budgétaires proches de l'équilibre ou excédentaires " en faisant en sorte que " ces objectifs à moyen terme soient respectés pour 2004 au plus tard ". En ce qui concerne la France, les Gope retiennent un déficit public de 1,3 % en 2003, 0,5 % en 2004 et l'équilibre en 2005 dans un scénario de croissance prudent. Si la croissance s'élevait à 3 % en moyenne sur la période 2003-2005, l'équilibre devrait être atteint dès 2004.Un nouveau discours. Lors du sommet de Barcelone, les Quinze en avaient fixé l'échéance à 2004. Mais Jacques Chirac n'a pas tardé à remettre en question cet engagement qu'il a approuvé à Barcelone, puisqu'il semble incompatible avec ses plans de baisses d'impôts et de hausse de dépenses dans un contexte de dégradation des comptes publics. Finalement, les proches de Jacques Chirac ont choisi de changer leur discours, soulignant désormais que la France " respectera naturellement ses engagements européens ". Comment ? On ne le sait pas car pour dessiner " le plan de marche ", il faudra de toute manière voir les résultats de l'audit des finances publiques attendus à la fin juin. Bref, cela dépassionne le débat avant les législatives et le reporte à plus tard. Le dossier des retraites est tout aussi explosif. Jacques Chirac s'est engagé pour la réforme, en dialogue avec les partenaires sociaux, mais les aspects qui fâchent ont été jusqu'ici écartés du débat. Or les Gope invitent par exemple les Etats membres de l'Union européenne à " intensifier les efforts pour inciter les travailleurs plus âgés à rester sur le marché du travail, afin de retarder d'environ cinq ans l'âge effectif moyen de départ à la retraite dans l'Union européenne pour 2010 et d'augmenter le taux d'activité de cette catégorie de travailleurs ". Ce que ne veulent pas entendre la CGT et FO.La présidence espagnole de l'Union européenne entend maintenir le débat sur les Gope lors du conseil Ecofin du 4 juin. La France compte sur l'application des règles de " courtoisie " pour éviter leur adoption. De toute façon, les Gope seront à l'ordre du jour des chefs d'Etat et de gouvernement au sommet de Séville, le 21 juin. Et elles peuvent tout aussi bien être adoptées par un conseil Ecofin convoqué la veille.

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