Mise en garde du président de la BCE contre l'inflation

C'est une nette mise en garde qu'a lancée jeudi soir Wim Duisenberg, président de la Banque centrale européenne, au sujet des risques de dérapage des prix. "Nous sommes loin d'être satisfaits par l'évolution récente des prix", a-t-il affirmé à Francfort. "A ce stade, il est donc particulièrement important de rester vigilant" sur ce front, a souligné M. Duisenberg. "Même si nous reconnaissons que la politique monétaire ne peut influer l'évolution de l'inflation à court terme, nous sommes déterminés à faire en sorte que ce que nous avons accompli" en matière de stabilité des prix "ne soit pas mis en danger", a-t-il averti. Ces fermes propos sont intervenus au terme d'une journée marquée par la publication de chiffres préoccupants pour l'inflation européenne. Celle-ci a certes légèrement fléchi en avril, mais elle reste encore nettement au-dessus de la barre des 2% annuels imposée par le pacte de stabilité. Selon Eurostat, le taux d'inflation de la zone euro s'est élevé en avril à 2,4% en rythme annuel, contre 2,5% en mars. L'office européen des statistiques a donc dû réviser ses prévisions à la hausse puisque ses premières estimations portaient sur un taux d'inflation de 2,2% en rythme annuel. En avril 2001, la hausse des prix était de 2,9% sur un an.Avril n'apparaît donc pas, comme on avait pu le croire un temps, comme le début d'une décrue de l'inflation européenne, mais plutôt comme une stabilisation à un niveau qui reste élevé. Dans la zone euro, seuls quatre pays ont un taux d'inflation inférieur à 2% annuels : l'Allemagne et l'Autriche (1,6%), la Belgique (1,7%) et le Luxembourg (1,9%). Avec une hausse de 2% en avril sur un mois, l'énergie est en grande partie responsable, comme en mars, du maintien de l'inflation européenne à un niveau élevé. La hausse du prix du pétrole dans les dernières semaines de mars a, en effet, continué à se répercuter en avril, entraînant également dans son sillage le prix des transports (+1,3% en avril sur un mois). En revanche, on notera la sagesse des prix des produits alimentaires (+0,2% sur un mois), du logement (+0,2%) ou de la communication (+0,1%).Mais le relèvement du prix de l'énergie n'explique pas tout. Sur un an, le prix des produits énergétiques est toujours en baisse (-0,2%), et l'inflation hors énergie est nettement supérieure en rythme annuel, à 2,8%. Il existe donc bien un danger inflationniste persistant dans la zone euro.Or, la signature de l'accord salarial dans la métallurgie allemande la nuit dernière pourrait bien rendre ce danger encore plus présent aux yeux de nombreux observateurs et, notamment, de la BCE. IG-Metall et les employeurs sont en effet parvenus à un accord sur la base d'une augmentation des salaires de 4% sur douze mois à partir de juin 2002, puis de 3,1% de juin à décembre 2003. En mai, une prime fixe de 120 euros sera accordée aux employés. Cet accord, valable pour les 850.000 salariés du Bade-Wurtemberg, pourra servir de base pour l'ensemble des 3,6 millions de salariés de secteur dans tout le pays.Merrill Lynch, cité par le Wall Street Journal, estime que cet accord revient à accorder une hausse des salaires de 4,5%. Or, la BCE avait estimé que, jusqu'à 3,5%, la hausse des salaires aurait un impact limité. Le président de l'institut économique de Halle (IWH) a d'ailleurs critiqué un compromis qui "n'est pas raisonnable économiquement". Nul doute donc que, du côté de Francfort, on s'inquiète fortement après la signature de cet accord. Dans ce contexte, le risque d'un relèvement des taux semble de plus en plus présent. Mais c'est alors la croissance européenne qui pourrait en pâtir... Rappelons par ailleurs que certains économistes considèrent que cet accord n'aura pas forcément de conséquences sur les prix dans la mesure où, comme le note Jullian Callow, économiste chez CSFB interrogé par l'AFP, "la productivité allemande a progressé de 3,5% par an au cours des dernières années" et où, selon Marc Touati, économiste chez Natexis Banques Populaires, "le pouvoir d'achat des ménages allemands a reculé de 0,3% l'an dernier". Dans ce contexte, l'accord signé hier soir pourrait donner un coup de fouet salutaire à la consommation allemande qui est actuellement en panne. La BCE devra donc bien peser toutes les conséquences d'une modification de sa politique monétaire.

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