"Les problèmes structurels de l'Allemagne freinent la reprise de la demande intérieure"

La Tribune - Quelle est votre réaction à la publication ce matin de l'indice Ifo ?Guilhem Savry - Nous avons été surpris car nous nous attendions à une légère baisse. Nous pensions que l'accord salarial dans la métallurgie, qui comporte des hausses salariales assez élevées, allait peser sur le moral des industriels. D'autant que l'enquête Ifo se concentre sur les secteurs concernés par cet accord. Ce n'est apparemment pas le cas. Cet optimisme s'explique principalement par la contribution des exportations qui ont donné un coup de fouet à l'industrie. C'est la bonne santé des exportations qui maintient la confiance.Ce bon indice ne cache-t-il pas les autres problèmes de l'économie allemande, notamment la faiblesse de la demande intérieure ?Il convient de ne pas être trop pessimiste. La composante "situation actuelle" de l'indice Ifo montre une amélioration qui ne s'était pas vue depuis longtemps. Il est vrai, toutefois, que l'économie allemande ne peut se contenter du moteur des exportations. L'investissement, par exemple, ne pourra réellement repartir que lorsque la demande interne sera sur les rails. Or, l'Ifo a montré que le secteur de la vente au détail reste dans le rouge, faute d'une reprise de la consommation.Les augmentations de salaires ne pourraient-elles pas, justement, faire repartir la consommation?Certes, ponctuellement, dans le secteur de la métallurgie, les hausses salariales pourraient donner un coup de fouet à la consommation. Toutefois, cette reprise risque d'être limitée. N'oublions pas que les réductions d'impôts du gouvernement Schröder, qui avaient plus d'influence sur le pouvoir d'achat que cette hausse des salaires, n'ont contribué à la hausse de la consommation que pendant un trimestre.Par ailleurs, si l'accord s'étend à d'autres secteurs où la productivité est trop faible, les augmentations de salaires se répercuteront directement dans les coûts des entreprises. Les conséquences risquent alors d'être négatives sur les prix ou sur l'emploi. Or, nous pensons que seule une reprise de l'emploi durable pourra relancer la consommation outre-Rhin. Au cours des cinq dernières années, on remarque en effet que l'Allemagne connaît, en raison des problèmes structurels de son marché du travail, un déficit de créations d'emploi par rapport au reste de l'UE. Vous restez donc plutôt pessimiste sur l'Allemagne actuellement ?Oui, en raisons de ses problèmes structurels. Nous considérons que nous sommes dans une phase de stabilisation de l'économie allemande, comme l'a montré le chiffre du PIB pour le premier trimestre. Cette stabilisation devrait se poursuivre jusqu'en juin. C'est seulement à partir du quatrième trimestre que l'Allemagne pourra retrouver son rythme de croissance potentielle. Outre le problème du marché du travail, quels sont les autres problèmes structurels du pays ?La construction, qui représente 50% à 60% des investissements, reste en récession depuis plusieurs années, malgré un léger mieux ces temps-ci. Il faut également évoquer les décisions du gouvernement Schröder qui, dans le cadre du respect du pacte de stabilité, a imposé des contraintes très fortes aux länders, ce qui va limiter leurs dépenses et donc l'investissement public. Peut-on également évoquer le coût de la réunification, comme l'a fait récemment la Commission européenne ?Il est vrai que l'Allemagne de l'Est continue de peser sur les comptes. L'investissement y est désormais faible et la péréquation des länders pèse sur les déficits. Mais on ne peut considérer qu'il s'agit d'un problème structurel, car il est impossible de revenir en arrière. Il s'agit désormais pour l'Allemagne de remettre ses länders de l'Est à niveau.

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