Chez EMI, la baisse des ventes occulte celle des dépenses

Satisfaction. Les dirigeants du groupe britannique EMI, l'éditeur historique des Rolling Stones, peuvent fredonner aujourd'hui le titre phare du groupe. Mais pas trop fort : s'ils ont franchi la première étape du redressement du groupe, en ramenant ses comptes dans le vert, les difficultés sont loin d'être derrière eux. Les ventes de musique vont encore s'inscrire en baisse cette année, et les résultats publiés ce matin sont légèrement inférieurs aux attentes des investisseurs. Pourtant, les mesures d'économies mises en place depuis un an ont porté leurs fruits : le résultat avant impôts du groupe, négatif de 2 millions de livres sur les six premiers mois de l'exercice précédent, atteint cette année 42,2 millions sur le semestre. Les analystes financiers tablaient sur un chiffre de 47 millions. Le résultat opérationnel, lui, atteint 79 millions de livres, en hausse de 83%. Mais c'est le niveau des ventes qui continue à préoccuper le marché : sur les six premiers mois de l'année fiscale 2002, le chiffre d'affaires du groupe a reculé de 9,9%, à 961,5 millions de livres. Les seules ventes de la division Recorded Music, qui génère près de 80% de l'activité d'EMI, ont chuté de 12,4%, soit nettement plus que les ventes mondiales (en baisse de 9,2% sur les six premiers mois de l'année calendaire). Eric Nicoli, le président d'EMI, ne cache pas que la tendance est difficile à inverser : "durant la deuxième moitié de l'année fiscale, nous prévoyons que le marché mondial de la musique enregistrée continuera à baisser, mais à un rythme plus faible". Cette faiblesse du marché se traduira, sur l'ensemble de l'année, par un recul des ventes Sans surprise, le piratage physique ou sur Internet, reste, aux yeux d'Eric Nicoli, le principal responsable de cette baisse des ventes. Le piratage commercial à grande échelle, particulièrement développé en Amérique latine et dans le sud-est asiatique, "s'est propagé aux marchés établis du sud de l'Europe" s'inquiète le groupe. Une situation qui le pousse à lancer un nouvel appel "aux gouvernements et aux agences réglementaires du monde entier pour qu'ils travaillent avec nous pour protéger les droits de propriété intellectuelle et soutenir la communauté des créateurs". Propriétaire, entre autres, des labels Capitol et Virgin, écurie de certains des plus grands vendeurs de disques de ces derniers mois, comme Kylie Minogue, Robbie Williams ou Coldplay, EMI souffre aussi du ralentissement économique, notamment aux Etats-Unis, premier marché du monde. La baisse des ventes l'an dernier l'a conduit, sous la férule d'Alain Lévy, arrivé en octobre à la direction générale, à supprimer 1.800 emplois et à se séparer de 400 artistes. EMI a par ailleurs annoncé son intention de céder les 14,5% du capital qu'il possède encore dans la chaîne de distribution spécialisée HMV. Le groupe confirme ainsi le désengagement entamé au printemps et qui l'avait conduit à céder un peu plus du quart du capital à l'occasion de l'entrée en Bourse de sa filiale. Cette cession, qui devrait lui rapporter, au cours actuel, quelque 73 millions de livres, servira notamment à financer la montée à 100% dans le label Jobete, actuellement contrôlé à 50%. A la Bourse de Londres, la baisse des ventes et les résultats inférieurs aux attentes ont déçu : en clôture, l'action EMI reculait de 4,74% à 175,5 pence après avoir perdu plus de 8% en matinée. Cette baisse s'explique aussi par la décision de Merrill Lynch de ramener son opinion sur le titre d'Achat à Neutre.

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