Thierry Breton se donne deux mois pour ausculter France Télécom

Le scénario s'est déroulé comme prévu ce matin, en trois phases successives : après la publication au Journal officiel du décret le nommant administrateur de France Télécom, Thierry Breton a été élu PDG de l'opérateur par le conseil d'administration du groupe, élection avalisée peu après par le Conseil des ministres. Sur le perron de l'Elysée, les deux ministres de tutelle du successeur de Michel Bon lui ont, en prime, manifesté leur pleine confiance. "Thierry Breton est un industriel connaissant bien le marché, connaissant bien son métier et à dimension internationale", a déclaré Nicole Fontaine, ministre déléguée à l'Industrie. Mieux encore, Francis Mer, le ministre de l'Economie, a estimé que Thierry Breton "a tous les moyens, avec le soutien de l'actionnaire que nous sommes, pour réussir". Interrogé sur le choix de l'ancien patron de Thomson Multimédia, Francis Mer a indiqué qu'il attendait du nouveau PDG qu'il "assure les meilleures conditions pour redresser cette très belle entreprise". Son ministère précise que sa mission est double : "restaurer la situation financière de France Télécom, impulser une nouvelle dynamique d'entreprise". L'élaboration du plan de redressement devra s'appuyer sur un "état des lieux" de l'opérateur, première mission confiée à Thierry Breton. D'ici là, s'empresse d'ajouter Bercy, l'Etat prendra "si cela est nécessaire, les mesures permettant d'éviter à l'entreprise tout problème de financement". Selon Jean-Claude Desrayaud, délégué CFDT et administrateur salarié du groupe interrogé par l'AFP, Thierry Breton a évoqué ce matin un délai de deux mois avant la présentation du plan de désendettement. Sans attendre, et tout en saluant ses engagements en matière de transparence de l'information au sein du groupe, les syndicats de France Télécom ont adressé un premier avertissement sans frais à leur nouveau patron. Thierry Breton "sera maintenant jugé sur pièce et rien ne se fera sans le personnel qui a des exigences à faire entendre", a expliqué SUD-PTT, qui a deux administrateurs élus au conseil d'administration. Pour la CGT, "il n'est pas question de donner un chèque en blanc à la direction de France Télécom, et la stratégie qui va être mise en oeuvre ne doit pas se décider en dehors des salariés et de leurs organisations syndicales". Plus de 200 salariés de France Télécom se sont rassemblés en milieu de journée, à l'appel de la CGT, devant le siège du groupe à Paris pour réclamer "la réappropriation publique totale de France Télécom". Quatre nouveaux administrateurs chez FT. Outre Thierry Breton, le conseil d'administration de France Télécom avait nommé ce matin quatre autres nouveaux membres. Jean-Pierre Jouyet, directeur du Trésor, remplace Bruno Bezard, l'un de ses adjoints, tandis qu'Henri Serres, inspecteur général des télécoms, Jean-Luc Tavernier, directeur de la prévision à Bercy, et Bertrand Schneiter, inspecteur des finances, reprennent les sièges respectifs de Roger Fauroux, Jacques Rigaud et Michael Lickierman, tous trois démissionnaires en même temps que Michel Bon le 12 septembre.Un duo à la tête de TMM. Sans attendre sa nomination officielle, Thierry Breton avait réglé ce matin sa succession à la tête de Thomson Multimédia, afin de ne pas laisser les marchés financiers dans l'expectative. Le groupe d'électronique a ainsi annoncé avant l'ouverture de la Bourse qu'il se dotait d'une direction à deux têtes. TMM a donc opté pour une structure "à l'américaine", dissociant les fonctions exécutives de direction générale de la présidence du conseil d'administration. Charles Dehelly, jusqu'alors vice-président et "directeur des opérations" du groupe, devient directeur général, en charge de "la mise en oeuvre de la stratégie arrêtée par le conseil d'administration ainsi que de la gestion opérationnelle du groupe". Entré chez Thomson dès 1974, ce diplômé des Arts et métiers avait rejoint Thierry Breton chez Bull dans les années 90, pour y occuper notamment le poste de directeur général adjoint. Quant à Frank Dangeard, directeur financier et bras droit de Thierry Breton, il est nommé président du conseil d'administration. Une fonction non exécutive : il "animera l'ensemble des travaux du conseil et continuera à représenter, avec la nouvelle direction générale, le groupe", précise le communiqué de TMM. Frank Dangeard, ancien de SBC Warburg, avait rejoint TMM en avril 1997. Il a donc choisi de rester au sein du groupe, alors que certaines informations le donnaient, lui aussi, partant chez France Télécom pour seconder Thierry Breton. Ce dernier restera néanmoins dans ses fonctions jusqu'à mardi prochain, 8 octobre, date de l'assemblée générale de TMM qui entérinera la modification des statuts et la dissociation des fonctions de président "non exécutif" et de directeur général. Au-delà du 8 octobre, Thierry Breton restera administrateur du groupe et en présidera le comité stratégique. A travers les nominations de Charles Dehelly et Frank Dangeard, explique TMM, le conseil d'administration a souhaité "marquer son attachement à la continuité d'un management reconnu, ainsi que son intention de franchir une nouvelle étape dans l'application des principes du gouvernement d'entreprise".En Bourse, France Télécom gagne 10,2% à 8,43 euros à la clôture et TMM avance de 5,26% à 16 euros.

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