L'Internet sentinelle

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Bloqués depuis plusieurs semaines à Ramallah ou à Naplouse, ils sont coupés du monde, mais leurs nouvelles nous parviennent directement tous les jours. Ils n'ont plus ni télévision, ni radio, ni presse écrite et pourtant ils ont lu en détail le New York Times, The Independent ou Ha'aretz. Ils peuvent confronter ces écrits avec la tragique réalité qu'ils subissent et nous confronter à notre tour à nos a priori. Ce qui permet tout cela, c'est Internet, dont on mesure, davantage encore à cette occasion, le rôle de média sans frontière, à la réactivité sans équivalent, que chacun peut s'approprier. Qu'il s'agisse de coups d'Etat, d'invasions, ou de guerres, les moyens de communication et les médias sont pourtant généralement des cibles prioritaires pour les belligérants. Dans leur souci d'affaiblir et de contrôler l'Autorité palestinienne, les opérations militaires de l'armée israélienne en Cisjordanie n'ont pas fait exception. Accusés par Israël de véhiculer des appels à la violence, les médias palestiniens sont aujourd'hui muets pour la plupart. La presse écrite palestinienne publiée à Ramallah - les quotidiens Al-Ayyam et Al-Hayat al-Jadida - ne peut être imprimée. Quant à celle éditée à Jérusalem, sa distribution est quasi-impossible. L'offensive israélienne, entamée fin mars, a plongé dans le silence presque toutes les stations de radio et de télévision, dont certaines avaient été bombardées en 2001. Les soldats ont fait sauter les émetteurs tout en compliquant la tâche des journalistes étrangers. Depuis Gaza, la télévision d'Etat, dont seuls quelques relais sont encore debout, ne diffuse plus que des images de funérailles de martyrs et de la musique patriotique. Enfin, Al Watan, une chaîne privée palestinienne, s'est mystérieusement mise, quant à elle, à diffuser des films pornographiques pendant quelques jours. Pour autant, et de façon surprenante, le réseau téléphonique a moins souffert des bombardements. Même coupés du monde, lorsque l'électricité le permet, certains quartiers bouclés par l'armée peuvent encore communiquer avec le reste du monde via Internet. Ainsi, par des canaux non officiels, parviennent notamment à des journalistes, des diplomates ou des ONG, des photos et des témoignages souvent édifiants de ceux qui, dans une telle situation il y a à peine cinq ans, n'auraient pu ni informer, ni être informés (voir site ci-contre) Grâce à Internet - qui mérite plus que jamais son surnom de "Toile" - et malgré un développement plus lent dans certaines parties du monde, les yeux ouverts sur les tragédies humaines promettent d'être de plus en plus nombreux et d'apporter une vision alternative à celle des médias traditionnels. Ces témoignages portent en effet simplement l'espoir qu'il soit, à l'avenir, de moins en moins possible de dire : "On ne savait pas". Et ce n'est pas rien.

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