Le mirage de la convergence

Sur le papier, la théorie est remarquablement séduisante. D'un côté, les contenus : films, musique, programmes de télévision, livres, presse, etc.. De l'autre, les "contenants" : chaînes de télévision, câblo-opérateurs, réseaux de télécommunication, portables Internet. En mariant les uns et les autres au sein du même groupe, le jackpot est assuré.Michael Eisner est le premier à avoir tenté ce pari et à l'avoir réussi de manière spectaculaire dès le milieu des années 80. Sous sa conduite, Disney a décuplé sa valeur en Bourse en dix ans en jouant parfaitement la synergie entre ses studios de cinéma, ses stations de radio, ses parcs d'attraction, ses boutiques et ses chaînes de télévision après la spectaculaire acquisition de ABC.Au moment où Disney semblait être en perte de vitesse, le nouveau millénaire marquait la naissance d'un nouveau géant prêt à tout emporter sur son passage : AOL Time Warner. Avec l'arrivée de ce titan mondial de la communication, "j'ai compris que j'avais encore moins de temps que je ne le pensais," confiera plus tard Jean-Marie Messier. "Il me fallait agir rapidement pour devenir un acteur crédible face à eux."Trente mois plus tard, AOL Time Warner est l'un des grands groupes américains dont les performances boursières et financières sont presque aussi désastreuses que celles de Vivendi Universal. "Même ceux qui croient à l'idée d'une convergence globale des médias se rendent compte à quel point c'est difficile," explique David Card, analyste chez Jupiter Media Metrix. "Personne n'est parvenu à la faire marcher. Ni AOL Time Warner, ni Vivendi."A vrai dire, le pari tenté par Jean-Marie Messier était bien plus ambitieux encore que celui fait par Steve Case et Jerry Levine. Il lui fallait réussir une intégration sur deux continents de deux cultures et deux marchés fondamentalement différents. La gamme de ses actifs était beaucoup plus vaste : AOL Time Warner ne détient aucun opérateur de télécom, ni un géant de la distribution des eaux. Enfin, Vivendi demeure à ce jour assez largement dépourvu de marques mondiales fortes, comme AOL ou Disney.Et surtout, l'engouement du public n'est pas au rendez-vous. La pénétration de l'Internet à haut débit ne progresse que lentement, même aux Etats-Unis. Télécharger les derniers "hits" ou les bandes annonces des nouveaux films sur son téléphone portable n'est pas près d'être une pratique courante."Il est encore très tôt dans l'ère des nouveaux médias," expliquait récemment au Boston Globe Joseph Turow, professeur à l'Université de Pennsylvanie. "Nul ne sait quelle en sera la trajectoire." Les prochaines années diront si Jean-Marie Messier est coupable d'avoir eu raison trop tôt ou plus simplement d'avoir cru au mirage de la convergence.

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