Un géant aux pieds d'argile

Dans un passé pas si lointain, Allianz, le géant européen de l'assurance, faisait pâlir d'envie bon nombre de ses concurrents sur sa richesse. Les chiffres étaient, il est vrai, vertigineux. En 1999, on estimait sa force de frappe financière entre 40 et 70 milliards d'euros, dont 15 milliards de plus-values latentes. Cette année là, l'assureur avait dégagé deux milliards d'euros de profit net. En mai 2000, sa capitalisation boursière flirtait avec la barre des 100 milliards d'euros. Au 31 décembre, ses fonds propres étaient de 35,6 milliards d'euros. L'euphorie était à son comble, d'autant que "l'aigle de Munich" allait, quelques mois plus tard, bénéficier d'une loi qui réduirait fortement l'imposition des plus-values de cession. Patatras... Il y a quelques jours, Allianz a annoncé les plus lourdes pertes de son histoire. Au troisième trimestre 2002, l'assureur a perdu la modique somme de 2,5 milliards d'euros. Et il n'est plus exclu qu'il soit dans le rouge sur l'ensemble de l'année. Une grande première depuis l'après-guerre. Au passage, ses fonds propres ont été sérieusement écornés, tombant à 20,9 milliards d'euros au 30 septembre. Comme bon nombre de ses concurrents, Allianz est donc obligé de consolider son bilan. Le groupe va procéder à deux émissions d'emprunts obligataires et espère lever deux milliards d'euros d'argent frais. Et il est obligé de rassurer les marchés en insistant sur le fait qu'il n'envisage pas une augmentation de capital. De modèle envié et jalousé, Allianz a, en l'espace de quelques mois, concentré entre ses mains tous les maux de la finance allemande et de l'assurance européenne. Sur son marché domestique, il évolue dans un contexte économique particulièrement médiocre. En Bourse, il voit ses participations se déprécier au fil des jours. Son métier de base souffre d'une hausse de la sinistralité alors que, dans le même temps, il se retrouve englué dans une diversification laborieuse après le rachat, en mars 2001, de la Dresdner Bank. Cerise sur le gâteau, l'équipe Schröder lorgne sur le cadeau fiscal qu'il avait accordé au temps de la prospérité. Cette longue liste explique le renversement de situation qu'Allianz doit désormais gérer. Aussi géant soit-il, tous ces facteurs négatifs ont fini par l'ébranler.
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