Premiere World se restructure pour survivre

Principal foyer de pertes d'un groupe allemand Kirch en pleine crise financière, le bouquet de chaînes payantes Premiere World n'entend pas se laisser entraîner dans la spirale du déficit. "Le dépôt de bilan n'est pas un thème d'actualité", assure son nouveau directeur général, Georg Kofler, qui a présenté ce matin - moins de deux mois après son entrée en fonctions - un plan de restructuration drastique. Et urgent : Premiere perd deux millions d'euros par jour et selon une récente étude de la banque WestLB, la société pourrait se trouver à court de liquidités avant l'été.Premiere World, qui regroupe 30 chaînes (cinéma, sport, musique, documentaires, information, divertissement...), prévoit donc de supprimer "au moins 25 à 30% de ses effectifs". Soit 600 à 720 postes au bas mot sur un effectif total de 2.400. Une première vague de départs devrait intervenir avant la fin du premier semestre, la deuxième en septembre ou octobre, et toutes deux toucheront en priorité des contrats à durée déterminée, a précisé Georg Kofler.Jusqu'à la semaine dernière, Premiere n'envisageait encore que 270 suppressions d'emplois. Mais la barre a été relevée depuis : alors que Kirch négocie avec ses banques créancières en espérant obtenir les moyens d'échapper au démantèlement, Premiere World a fixé à 500 millions d'euros le montant des économies annuelles à réaliser d'ici 2005. Avec pour objectif prioritaire de dégager des bénéfices en 2004, ce que l'entreprise n'est jamais parvenu à faire depuis sa création en 1990. "Nous devons faire preuve d'un nouveau réalisme (...) et devenir une société efficace avec moins d'argent", a résumé Georg Kofler. Un programme qui évoque celui imposé à Canal+, le grand concurrent français, par la direction de sa maison-mère, Vivendi Universal (lire ci-contre). Avec 2,4 millions d'abonnés fin 2001 (soit une hausse de 5% sur l'année), un chiffre nettement inférieur aux attentes, Premiere entend réduire ses coûts de 29% dès l'an prochain, les ramenant à 1,323 milliard d'euros contre 1,836 milliard cette année. Quant à l'Ebitda, négatif de 864,9 millions d'euros l'an dernier, il devrait atteindre 137,1 millions d'euros dans deux ans. Georg Kofler, qui reconnaît que son groupe a besoin d'argent frais dès cette année pour parvenir à ses objectifs, espère par ailleurs obtenir des studios de cinéma qu'ils acceptent une baisse des droits de diffusion en échange d'une entrée au capital de Premiere World. En clair, le bouquet paierait en titres le droit de diffuser des films hollywoodiens.Le chiffre d'affaires, attendu stable cette année, devrait croître de 36% en 2003, à 1,1 milliard d'euros, grâce notamment à une accélération de la croissance des abonnements : Premiere vise 3,274 millions d'abonnés fin 2003. Pour y parvenir, la société va renoncer à distribuer un décodeur propriétaire, que ses abonnés devaient obligatoirement louer ou acheter pour accéder à ses programmes. Une fois les bénéfices atteints, Premiere World entend réussir son entrée en Bourse, que Georg Kofler espère pouvoir lancer dès le premier trimestre 2004. Reste à savoir si le bouquet n'aura pas, d'ici là, été contraint de trouver un actionnaire de référence pour éviter la faillite.Preuve que les projets boursiers du groupe n'ont pas le vent en poupe actuellement, deux autres divisions du groupe Kirch, ProSiebenSat.1, qui chapeaute les chaînes gratuites du groupe, et sa maison-mère KirchMedia ont annoncé qu'elles renoncent à leur projet de fusion. "En raison du climat économique et de la situation actuelle du groupe Kirch, cette fusion n'est pas faisable dans un proche avenir", expliquent-ils. Prévu pour être bouclé avant la fin juin, le projet avait été repoussé sine die le mois dernier. Il risquait de se heurter à l'opposition des minoritaires, qui jugeaient les conditions de la fusion désavantageuses. L'annulation de cette fusion constitue évidemment un nouveau revers pour le groupe, en le privant d'un espoir de lever plus facilement de l'argent frais. L'opération devait en effet permettre au groupe de vendre dans un deuxième temps une partie de ses parts dans l'entité commune sur les marchés afin de lever de l'argent frais dont il a besoin pour réduire son endettement, estimé entre 6 et 13 milliards d'euros.

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