La vérité des chiffres

Le besoin d'un retour à la vérité des chiffres n'a donc jamais été aussi important. Dans ce contexte, l'initiative présentée cette semaine par Standard & Poor's pour un nouveau calcul des bénéfices des entreprises cotées prend toute son importance."Depuis 140 ans, Standard & Poor's se bat pour que les investisseurs aient le droit de savoir," a expliqué le PDG de Standard & Poor's, Leo O'Neill. "Une définition claire, constante de la position financière d'une entreprise est au coeur de cet objectif." Et comment ne pas être d'accord avec lui lorsqu'il décrit "la controverse, la confusion" qui règnent aujourd'hui et "ne servent pas les intérêts des investisseurs" ?Le point de départ est simple : distinguer ce qui relève réellement des gains réalisés par une entreprise dans le cadre de son activité normale de tout ce qui peut venir artificiellement en gonfler les résultats. C'est ce que Standard & Poor's appelle les "core earnings".Dans cette définition, S&P inclut les dépenses liées à l'octroi de stock options, les charges de restructuration, les dépréciations d'actifs et amortissements, les cotisations retraite et la recherche et développement acquise à l'extérieur. Sont notamment exclus, en revanche, les gains ou les pertes sur les ventes d'actifs, les gains réalisés par les fonds de pension ou le résultat des activités de "hedging".Concrètement, quel est le résultat de cette opération vérité ? Sur la base des "core earnings", les cinq cents valeurs qui composent l'indice S&P sont valorisées 30 fois leurs bénéfices, au lieu d'un multiple actuel de 22 sur la base de leurs résultats publiés. Traduction : la valorisation de Wall Street est beaucoup plus élevée - de près de 50% - qu'il n'y paraît.S&P a également procédé à trois études de cas : Cisco, General Electric et la chaîne de fast food Tricon Global (propriétaire des enseignes Taco Bell, Pizza Hut et KFC). Dans le cas de Cisco, la méthode des "core earnings" fait apparaître une perte par action de 35 cents en 2001, plus du double des 14 cents annoncés, pour l'essentiel en raison du coût de son programme de stock options. Tricon en est quitte pour 2,84 dollars par titre au lieu des 3,24 dollars rendus publics, car la cession d'activité périphérique n'est pas prise en compte. General Electric, première entreprise mondiale par sa capitalisation boursière, s'en tire avec 1,11 dollar de bénéfice par action l'an dernier, au lieu des 1,41 dollar avancés, faute de pouvoir prendre en compte la croissance de ses fonds de pension. Sur cinq ans, ses bénéfices progressent à un rythme à peu près équivalent à celui déjà connu (un peu plus de 14% par an en moyenne), mais de manière beaucoup plus volatile.Les entreprises concernées, on s'en doute, ne goûtent que modérément la nouvelle méthodologie de S&P. "Il se pourrait que cela crée davantage de confusion au lieu de la dissiper," avance-t-on chez GE.Mais, pour autant que l'on sache, le légendaire PDG de Berkshire Hathaway, Warren Buffett, des institutions telles que Goldman Sachs, Lehman Brothers ou Bear Stearns ne font pas métier d'embrouiller les investisseurs. Tous ont participé à l'étude de S&P. Il reste à savoir s'ils seront entendus.

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