Et l'Europe, dans tout ça ?

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D'accord, c'est une belle bataille, mais qui reste bien de chez nous. BNP Paribas contre Lyonnais contre Crédit Agricole, boulevard Haussmann contre boulevard des Italiens, ancien du Trésor contre ancien du Trésor : les principaux protagonistes de cette affaire, patrons des principaux établissements concernés et leurs conseillers banquiers d'affaires, se connaissent tous, ont souvent travaillé ensemble et assistent aux mêmes dîners en ville.Si la quasi totalité de l'establishment financier français est impliqué, les acteurs étrangers sont cruellement absents. Certains des groupes financiers européens actionnaires du Lyonnais, comme la banque espagnole BBVA ou son homologue allemande Commerzbank, sont ouvertement vendeurs de leurs actions. Et le géant allemand de l'assurance, Allianz, cherche avant tout à protéger les accords commerciaux passés par sa filiale française, AGF, mais certainement pas à se renforcer dans le capital du Lyonnais.Et pourtant... Voici huit ou dix ans que l'on nous prédit le grand maelström de la finance européenne et la constitution de banques trans-frontalières dans la zone euro. Avec quelques justifications : une bonne partie des activités bancaires - back-office, traitement des opérations, conservation des titres, etc. - sont de plus en plus industrielles et se prêtent à des économies d'échelle sur le marché de la monnaie unique. A cette vision d'une consolidation européenne du secteur bancaire, on oppose souvent différentes considérations sur la difficulté de rapprocher des banques de nationalités différentes. La banque n'est pas l'industrie, affirment certains, et les métiers de services sont trop profondément ancrés dans leurs cultures nationales pour être rapprochés. En réalité, des activités aussi "culturelles" que la publicité, par exemple, ont déjà montré que les services, eux aussi, peuvent s'internationaliser. Et dans le secteur bancaire, un groupe comme HSBC, né à Hong-Kong, transféré en Grande-Bretagne, présent dans toute l'Asie, en Australie, aux Etats-Unis, sur le marché britannique - et même en France via le CCF - , a amplement prouvé qu'une banque multinationale pouvait prospérer.D'autres freins ont empêché le mouvement de se lancer jusqu'ici, comme la sensibilité politique du secteur bancaire, dans lequel les intrusions étrangères ne sont pas forcément bien accueillies. Mais tout cela est en train d'évoluer.Finalement, estiment nombre de professionnels avisés, la constitution de géants nationaux est le préalable avant les grands rapprochements pan-européens. Si c'est bien le cas, espérons que la bataille pour le Lyonnais prendra bientôt fin. Il sera alors temps de passer aux choses sérieuses.

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