Les Sisyphe du "music business"

L'affaire Napster n'a apparemment rien appris à personne. Le même mois où l'on apprend la faillite du pionnier du téléchargement gratuit de musique sur Internet racheté par Bertelsmann il y a un an, la corporation des principales maisons de disques américaines - la RIAA - est parvenu à réduire au silence l'un des principaux "napclones". La semaine dernière, Audiogalaxy - "AG" pour les accros intimes - a été contraint devant la justice d'accepter l'installation d'un filtrage bloquant tout téléchargement de titres protégés par la législation sur les droits d'auteur. L'accord obtenu à l'amiable devant une cour fédérale de New York ressemble en tout point à celui qui avait précipité la fin de Napster. Au regard de ce précédent, il est donc difficile d'accorder beaucoup de chances de survie à Audiogalaxy, par ailleurs condamné à payer d'importants dommages et intérêts à la RIAA et aux éditeurs. Le système de filtrage imposé à Napster a en effet été un échec et le site d'échanges a dû fermer pour ne finalement jamais rouvrir. Le même sort attend fatalement le site mis au point par une université texane. Mais la similitude ne s'arrêtera pas là. Car, tels des Sisyphe, les internautes fans de musique, les développeurs des sites d'échanges "peer to peer" - d'ordinateur à ordinateur - et la RIAA savent exactement ce qu'ils ont à faire. Sur le forum encore en service d'Audiogalaxy.com, les maniaques du téléchargement échangent leurs commentaires sur les performances et les catalogues d'autres "napclones". Depuis l'extinction d'AG, Morpheus, Kazaa, Madster et d'autres encore ont récupéré la quasi totalité de ses utilisateurs. Naturellement, la RIAA les a aussi dans son collimateur et les considère comme étant en sursis. Un procès est prévu fin septembre contre Kazaa, Grokster et Streamcast et celui-ci pourrait de nouveau faire disparaître cette batterie de "napclones", amenant leurs utilisateurs à migrer vers de nouveaux systèmes qui verraient aussitôt le jour, si d'aventure ils n'existent pas déjà. Sans compter que se multiplient actuellement les plates-formes d'échanges privées fédérant chacune des communautés de centaines d'internautes. Sans coup férir, la RIAA poursuit donc son offensive, faisant de plus en plus mal oublier qu'aucun de ses membres prestigieux n'a réussi à lancer un service de téléchargement fiable et fédérateur. En outre, une nouvelle étude est récemment venue nuancer l'argument des maisons de disques sur le caractère dangereux de la gratuité sur Internet. Selon Jupiter Research, plus d'un tiers des personnes qui échangent régulièrement des fichiers sur Internet disent dépenser plus d'argent aujourd'hui en achat de musique qu'avant d'avoir commencé à télécharger des fichiers. Seuls 14% des gros utilisateurs déclarent dépenser aujourd'hui moins pour acheter de la musique. "Nous pouvons affirmer sans risque que l'utilisation active de services d'échange de musique en ligne est l'un des meilleurs prescripteurs d'achat", explique l'auteur du rapport. Suffisant pour que Sisyphe arrête de rouler son rocher ?

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