Vivendi veut céder plus et plus vite

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Le marché attendait-il trop du conseil d'administration de Vivendi Universal ? Sans doute, au vu de la réaction des investisseurs aux annonces faites par Jean-René Fourtou, le PDG du groupe, à l'issue de ce conseil qui a duré près de cinq heures. A la Bourse de Paris, le titre Vivendi Universal a terminé en hausse de 2,01% seulement, à 12,21 euros, alors qu'il gagnait plus de 8% vers 16 heures, au début de la conférence de presse du successeur de Jean-Marie Messier. Car si beaucoup attendaient la présentation claire d'une nouvelle stratégie, après le flou qui avait dominé la conférence téléphonique du 14 août dernier, ils sont restés sur leur faim : le discours de Jean-René Fourtou a été plus financier que stratégique et laisse en suspens plusieurs interrogations de taille, notamment sur l'avenir de Cegetel et de Vivendi Environnement. Après avoir raconté la "crise de liquidité" vécue par Vivendi cet été, "aussi inattendue que violente" selon lui, Jean-René Fourtou a souligné la volonté du groupe d'accélérer les cessions. Le projet ébauché le 14 août, qui prévoyait la vente de 10 milliards d'euros d'actifs sur deux ans, est donc à la fois amplifié et resserré : VU entend désormais vendre pour 12 milliards d'euros de participations en dix-huit mois, dont au moins 5 milliards seront achevés d'ici la fin mars 2003. Pour Jacques Espinasse, le directeur financier du groupe, ces cessions doivent permettre à Vivendi de ramener l'endettement consolidé à 9,6 milliards d'euros fin 2003 et à 6,4 milliards fin 2004 soit, à cette date, 2,5 fois son Ebitda (équivalent de l'excédent brut d'exploitation) contre plus de 5 fois aujourd'hui.Vente de TelepiuPour illustrer sa volonté de faire vite, Jean-René Fourtou a d'ailleurs annoncé que la cession du bouquet à péage italien Telepiu, attendue depuis des mois, vient tout juste d'être signée par Eric Licoys, l'ex-bras droit de Jean-Marie Messier. Comme prévu, c'est le groupe australien News Corp de Rupert Murdoch qui met la main sur Telepiu, pour un milliard d'euros. L'opération permettra à VU de réduire son endettement de 220 millions d'euros.Ce montant s'ajoutera au 1,1 milliard d'euros de cessions déjà réalisées. Reste donc à trouver près de trois milliards d'euros dans les six mois qui viennent. Une somme qui pourrait être encaissée en une seule fois si le groupe conclut dans de bonnes conditions la vente annoncée de VUP (Vivendi Universal Publishing). La branche Edition du groupe, mise en vente sans ses activités de jeu, reste en effet le prochain nom sur la liste. VU confirme qu'il a reçu des propositions de rachat pour VU Publishing "dans son ensemble", précision qui semble mettre hors course le groupe Lagardère, intéressé uniquement par les activités françaises. VU souligne par ailleurs avoir "expressément demandé à tout acquéreur intéressé de joindre à son offre des engagements en matière de respect du patrimoine culturel français et de la diversité culturelle", engagements qui devront être rendus publics. Un effort, à l'évidence pour rassurer le monde de l'édition et le ministère de la Culture.Programme de cessionsAu-delà, les prochaines cessions doivent porter sur : - les autres filiales étrangères de Canal+, en Pologne, au Bénélux et en Scandinavie- la participation dans le "nouveau Canal+" au-delà de 49%, destinée à être mise en Bourse, en principe l'an prochain- les activités dans les télécoms hors de France (en Pologne, en Hongrie, au Kenya) - certaines activités Internet- des actifs divers, notamment immobiliers, mais aussi dans la distribution ou la production d'énergie, ou encore des avions...VU entend également "monétiser" une participation minoritaire dans VU Games, sa division jeux vidéo. Parallèlement, le groupe poursuit l'extinction pure et simple d'autres foyers de perte : après avoir vendu à Vodafone sa participation dans Vizzavi pour 150 millions d'euros (alors que la filiale coûtait 12 millions d'euros par mois au groupe), il s'apprête à fermer ses sites Scoot et Divento et poursuit la réduction des dépenses de la holding VU dans ses sièges de Paris et de New York. Des coupes sont aussi prévues dans les budgets de communication et de parrainage. A terme, le "nouveau" Vivendi Universal sera "un groupe de divertissement (entertainment) centré sur la création de contenu pour le client, avec deux participations minoritaires, Cegetel et Vivendi Environnement", précise Jean-René Fourtou. Une solution pour Cegetel avant la fin de l'annéeConcernant sa division télécoms Cegetel, le PDG du groupe a expliqué qu'il étudie "toutes les solutions possibles", en se fixant pour objectif d'aboutir "avant la fin de l'année" à une issue qui soit à la fois favorable aux actionnaires et compatible avec les "objectifs financiers prioritaires". Sa position sur Vivendi Environnement semble plus ambiguë. Reconnaissant qu'Henri Proglio, le PDG de sa filiale, souhaite acquérir son indépendance, "c'est à dire ne pas avoir Jean-René Fourtou comme actionnaire de référence", le PDG explique qu'il n'a jamais dit vouloir "sortir de l'environnement" mais qu'il "ne peut pas reprendre le contrôle majoritaire" de VE. Faute de mieux, le groupe entend donc "valoriser sa participation" en collaboration étroite avec les dirigeants de VE. Mais, s'empresse de souligner Jean-René Fourtou, il est "hors de question" de céder des titres sur le marché. Ces propos ont au moins eu le mérite de rassurer la Bourse : Vivendi Environnement a terminé la journée sur un bond de 6,11% à 19,10 euros.VU "ne paie rien" à Jean-Marie MessierSans diplomatie superflue, Jean-René Fourtou a par ailleurs évoqué à plusieurs reprises son prédécesseur. En précisant d'abord que le groupe "ne verse rien à M. Messier", même s'il lui a payé son salaire "par erreur" en juillet avant de lui en demander le remboursement. Pas question de parachute doré, donc, inimaginable pour Jean-René Fourtou alors que "nous recevons quotidiennement des plaintes d'actionnaires français et américains". "Comment peut-on en arriver là ?", s'interroge encore le nouveau PDG à propos de la situation du groupe à son arrivée début juillet. Pour lui, Jean-Messier a cédé au "goût du deal", qui l'a poussé à surpayer des acquisitions. "Personne n'est capable de gérer cela", assure-t-il, se disant prêt à "excuser" son prédécesseur. "Vous êtes tous responsables", a-t-il lancé à l'adresse des journalistes et des analystes financiers, rappelant que Vizzavi était, un temps valorisée 20 milliards d'euros...Le conseil d'administration allégé. La réunion de mercredi matin a entériné la démission de six des 17 administrateurs de VU, parmi lesquels l'espagnole Esther Koplowitz, administrateur de FCC, Eric Licoys, ex-n°2, Serge Tchuruk, le patron d'Alcatel, ou encore Richard Brown, le PDG du groupe américain de services informatiques EDS, lui-même en pleine crise. Le conseil a en revanche nommé un nouvel administrateur indépendant en la personne de Fernando Falco y Fernandez de Cordoba, Grand d'Espagne, réputé proche du roi Juan Carlos. VU dispose ainsi désormais d'un conseil d'administration "resserré" de douze membres. Jean-René Fourtou a par ailleurs demandé au Comité des ressources humaines de travailler à une recomposition complète des différents Comités du Conseil afin de les compléter, le cas échéant, "et de tenir compte des nouvelles normes européennes et américaines en cours d'élaboration ainsi que du rapport Bouton" sur le gouvernement d'entreprise.

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