HP et Compaq à l'heure du choix

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Le contrat est prêt depuis plusieurs mois, les fiancés cohabitent déjà et savent tout l'un de l'autre... et pourtant rarement mariage se sera déroulé dans une ambiance aussi tendue. Les assemblées générales de Hewlett-Packard et de Compaq, qui se réunissent successivement aujourd'hui et demain, ne seront en aucun cas de simples chambres d'enregistrement. Et les nerfs des partisans et des opposants au projet seront mis à rude épreuve, d'autant que le dépouillement pourrait prendre des jours, le vote s'annonçant très serré.Car si l'influent cabinet de conseil financier ISS, mandaté par des actionnaires représentant un peu plus de 20% des titres, a apporté au projet un soutien jugé indispensable, les décisions des fonds de pensions, banques d'investissement et fonds mutuels égrenées ces derniers jours ont entretenu le suspense: la décision favorable de Putnam (2,51% du capital) a été contrée par les "non" de Calpers (0,39%) et Bank of America (0,31%) au projet. Qui aura le plus d'influence ? Le pronostic n'est guère plus facile aujourd'hui qu'il y a deux semaines. Vendredi, les actionnaires ayant clairement affiché leurs positions représentaient un peu plus de la moitié des actions ; les "pour" ne peuvent compter que sur un tiers des voix - et encore, à condition de ne pas mettre en doute l'influence d'ISS - tandis que les "contre" sont assurés de réunir un peu plus de 21% des suffrages. Tout avait pourtant bien commencé, il y a six mois et demi. Mais en bouclant, durant le week-end prolongé du Labour Day, leur projet de fusion, Carly Fiorina, la flamboyante PDG de Hewlett-Packard, et Michael Cappellas, son homologue de Compaq, n'imaginaient sans doute pas que sa mise en oeuvre serait aussi... laborieuse. A l'époque, la micro-informatique vivait sa première année de recul des ventes mondiales en quinze ans, les investissements high-tech des entreprises avaient subi un net coup de froid et Dell, profitant de la crise et de la guerre des prix, confortait sa place de nouveau n°1 mondial du PC. L'alliance de HP et de Compaq, pour 25 milliards de dollars, était censée lui ravir cette place et donner naissance à un nouveau n°2 des services derrière IBM. Ensemble, HP et Compaq affichent en effet un chiffre d'affaires de 78 milliards de dollars et représentent 18% du marché mondial des PC. Mais vite, les réactions sceptiques ont fusé. Et l'opposition la plus violente au projet est venue... du conseil d'administration de Hewlett-Packard, en la personne de Walter Hewlett, fils de l'un des fondateurs du groupe. Assurant que le groupe s'en sortirait mieux seul, Walter Hewlett a joué sur plusieurs fronts, mettant au point un projet industriel alternatif (qui vise notamment à mieux valoriser les activités d'imprimantes et d'imagerie), s'assurant le soutien des salariés en dénonçant les suppressions d'emplois et dénonçant les intérêts personnels de Carly Fiorina et Michael Cappellas, qui empocheraient d'énormes bonus en cas de réussite de la fusion. Des accusations qui lui ont valu une réplique cinglante des deux intéressés, qui le traitent de "dilettante" et rappellent qu'il a approuvé le projet en août avant de s'y opposer. Le chef de file des opposants a néanmoins reçu le soutien de Lewis Platt, le prédécesseur de Carly Fiorina. Cette dernière, désignée pour prendre les rênes du nouveau groupe, dont les actionnaires de HP détiendraient 64%, aura donc dû batailler jusqu'au bout. Elle met en avant les 2,5 milliards d'économies annuelles à réaliser (grâce notamment à 15.000 suppressions d'emplois sur 150.000) et l'apport de Compaq sur les marchés des serveurs, du stockage et de l'informatique professionnelle. A l'appui de sa thèse, une récente étude de Deloitte Consulting montre que 57% des clients de HP et Compaq estiment que le nouveau groupe apportera une gamme plus complète de produits et services et pourra ainsi mieux répondre à leurs besoins. Les concurrents, eux, jouent l'indifférence. Si Michael Dell pronostiquait il y a quelques jours que la fusion se ferait sans doute, son n°2, Kevin Rollins expliquait que "l'opportunité existe pour nous de capitaliser soit sur la confusion, soit sur les doutes des clients concernés". De fait, même les observateurs finalement convaincus par le projet peinent à faire partager leur enthousiasme. Les analystes du cabinet d'études Forrester Research estiment ainsi que "sans Compaq, HP évoluera lentement vers la médiocrité" mais soulignent que "le rapprochement offre une chance à la grandeur - malgré le risque d'un échec spectaculaire". On a vu motion de soutien plus convaincante...Dans ce bras de fer flirtant parfois avec le psychodrame, les cours de Bourse de Hewlett-Packard et Compaq auront finalement joué un rôle secondaire. Après la chute du premier jour (HP avait perdu 18,14% le 4 septembre, Compaq 10,28%), les deux titres ont surtout suivi l'évolution globale des marchés. Ils accusent encore des reculs d'environ 15% par rapport à leurs niveaux de la fin août. Les marchés n'aiment pas l'incertitude. Reste à savoir si la prochaine certitude est celle qu'ils attendent...

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