Instinet rachète Island pour contrer le Nasdaq

La presse spécialisée s'en faisait l'écho depuis plusieurs semaines, cette fois c'est officiel : choisissant l'attaque comme principale défense, Instinet, la Bourse électronique filiale de Reuters, a conclu le rachat de son concurrent Island. Le montant de la transaction atteint 508 millions de dollars, payés en actions aux actionnaires d'Island, qui détiendront, à l'issue de l'échange, 25% du capital d'Instinet. Celui-ci aura au préalable versé à ses actionnaires actuels un dividende exceptionnel d'un dollar par action. Reuters, qui détient actuellement 83% d'Instinet, empochera ainsi 207 millions de dollars avant de voir sa participation retomber à 62%, suite à la création des titres nécessaires au rachat d'Island.Assurant que le nouvel ensemble assurera aux investisseurs professionnels "un immense gisement de liquidités et une large gamme de services à valeur ajoutée", Instinet ne cache cependant pas ce qui est sans doute la principale motivation de ce rapprochement : le nouveau groupe "contribuera à assurer aux investisseurs la possibilité de choisir, aujourd'hui et après le lancement annoncé du système SuperMontage par le Nasdaq plus tard dans l'année".SuperMontage constitue en effet aujourd'hui la principale menace pour les "ECN" (Electronic Communications Networks, ou plates-formes de transactions électroniques) indépendants, déjà très affaiblis par la baisse des indices et des volumes d'échanges ces deux dernières années, qui les a poussés dans une guerre des prix très douloureuse. Pour le Nasdaq, SuperMontage vise à récupérer une partie des échanges perdus au profit des ECN en utilisant leur arme principale : les prix. Pour être en mesure de riposter, les indépendants doivent donc se résoudre à la concentration (lire ci-contre). On notera d'ailleurs qu'Instinet disposera encore, après le versement du dividende exceptionnel, d'une trésorerie approchant les 500 millions de dollars. De quoi financer éventuellement d'autres opérations de croissance externe.Instinet, qui a dû diviser ses commissions par trois l'an dernier pour tenter de maintenir ses volumes d'activité, peut espérer, avec le rachat d'Island, capter un quart environ des transactions du Nasdaq (il assurait 11% des volumes à lui seul en avril, contre 11,2% pour Island). Il lui restera à assurer le maintien de ses parts de marché face à SuperMontage. Et à renouer avec la rentabilité : au premier trimestre, la société a perdu 34,7 millions de dollars pour un chiffre d'affaires de 270,4 millions, en recul de 38% sur un an. De son côté, Island affiche pour l'année 2001 un bénéfice avant impôt de 40 millions de dollars pour un volume d'activité de 166 millions. Mais surtout, Island est parvenu, en pratiquant des tarifs constamment revus à la baisse, à continuer de gagner des parts de marché malgré la baisse du Nasdaq. Depuis six mois, il est ainsi le premier ECN pour le Nasdaq. Et son acquéreur assure que son rachat aura un effet positif sur les résultats dès le premier exercice, hors survaleurs et charges exceptionnelles.En milieu de séance sur le Nasdaq, l'action Instinet progressait de 3,12% à 7,27 dollars. A Londres, Reuters a cédé 1,37% sur la journée, pour clôturer à 431 pence. Le titre avait fortement souffert, fin avril, après la publication des résultats trimestriels d'Instinet.

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