EMI abaisse ses prévisions pour la deuxième fois en cinq mois

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Voilà un "bis" que les investisseurs n'applaudiront certainement pas. Moins de cinq mois après avoir annoncé que ses résultats seraient probablement inférieurs de 20% aux prévisions initiales, le troisième éditeur mondial de musique se voit une nouvelle fois contraint de modérer ses ambitions. Preuve que, malgré le changement de direction, le groupe ne parvient pas à résister à la crise actuelle du marché musical mondial. Le résultat avant impôts, amortissements et exceptionnels pour l'exercice clos le 31 mars prochain devrait donc être de l'ordre de 150 millions de livres (246 millions d'euros), alors que les estimations des analystes financiers se situaient jusqu'à présent entre 160 et 207 millions. Le nouveau chiffre avancé par EMI se situe ainsi 27,5% en dessous du haut de la fourchette !Parmi les causes de cette nouvelle déception, EMI cite la baisse des prévisions de ventes annuelles de la division Recorded Music, des mouvements de change défavorables et des coûts exceptionnels. "Malgré des performances solides au Royaume-Uni et dans la majeure partie de l'Europe continentale, les perspectives du second semestre en termes de chiffre d'affaires de la division Recorded Music subissent l'impact de la crise économique persistante en Amérique latine et en Asie, la sous-performance aux Etats-Unis et le report au prochain exercice fiscal du lancement de la sortie de plusieurs albums japonais importants", précise le groupe dans un communiqué. La tâche d'Alain Lévy, nommé cet automne à la direction générale du groupe, se révèle donc plus difficile encore que prévu. Et le Français, ancien patron de Polygram, pourrait être contraint de durcir les mesures d'économies et de rationalisation prises ces derniers mois. La plus récente et la plus spectaculaire d'entre elles avait été, le mois dernier, la décision du groupe de rompre le contrat signé en septembre avec la chanteuse américaine Mariah Carey, dont le dernier album, "Glitter", sorti le 11 septembre, a été un échec. Pour se libérer de toute obligation envers elle, EMI a quand même dû signer à la chanteuse un chèque de 28 millions de dollars. Dans l'écurie du groupe figurent par ailleurs des artistes comme Sting, Robbie Williams, Jamiroquai ou Billy Joel. Mariah Carey n'est pas la seule figure marquante d'EMI dont le groupe se sépare : Tony Bates, qui cumulait depuis deux ans les fonctions de directeur financier et de vice-président du groupe avec celui de directeur financier de la division Recorded Music, "quitte l'entreprise en vertu d'un accord mutuel". Il est remplacé, à la responsabilité des finances du groupe, par Roger Faxon, qui occupait jusqu'à présent les mêmes fonctions pour la seule division Music Publishing. Un nouveau venu, Stuart Ellis, devient directeur financier d'EMI Recorded Music, sous la responsabilité d'Alain Lévy, avec qui il a déjà travaillé chez Polygram.Alain Lévy poursuit donc la reprise en main des activités d'édition du groupe et sa restructuration. A ses yeux, "nous sommes aujourd'hui à mi-chemin d'une reconstruction majeure d'EMI Recorded Music, qui aboutira à la réduction de notre base de coûts, mais nous rendra aussi plus efficaces et plus compétitifs pour nous permettre de croître". Outre le ralentissement économique aux Etats-Unis et la persistance de la crise au Japon, EMI souffre aussi, comme ses concurrents, du développement des nouveaux médias et d'Internet, qui facilite la copie privée et le piratage, au détriment des éditeurs. Sans préciser vers quelles solutions il s'oriente, Alain Lévy explique que "certaines de nos difficultés sont liées aux pratiques de l'industrie du disque. Nous sommes déterminés à trouver de nouvelles manières de faire des affaires", assure-t-il. Mais le temps risque de presser pour le groupe : après deux tentatives de fusion ratées ces dernières années - avec Warner Music, filiale d'AOL Time Warner, puis avec BMG, la branche musique de Bertelsmann - EMI est la seule des cinq majors mondiales du disque à ne pas appartenir à un grand groupe. Et face à Warner Music, BMG, Universal Music (filiale de Vivendi Universal) et Sony Music, elle risque, malgré sa détermination affichée à rester indépendante, de se voir de plus en plus distancée. A la Bourse de Londres, ce nouveau "profit warning" a provoqué un nouvel accès de faiblesse de l'action EMI : en clôture, le titre cédait 6,44% à 305 pence. latribune.f

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