Le marché des puces prudent en attendant Intel

La vraie reprise ? Probablement pas avant l'an prochain. La fin de la crise ? Elle est peut-être déjà là. Les réponses à ces questions, c'est sans conteste Intel qui contribuera à les préciser ce soir, en publiant son traditionnel "update", c'est à dire l'actualisation de ses prévisions pour le trimestre qui s'achèvera le 30 juin. La question que se posent ses concurrents et les investisseurs sont simples : le premier producteur mondial de puces a-t-il ou non revu à la baisse ses estimations de chiffre d'affaires et de marge pour la période avril-juin ? Jusqu'à présent, le groupe tablait sur un chiffre d'affaires compris entre 6,4 et 7 milliards de dollars au deuxième trimestre. En termes de marge, il vise un taux de marge brute de 53 % pour l'ensemble de 2002 contre 51 % prévus initialement et 49 % réalisés en 2001. Mais certains analystes redoutent que la fourchette de prévisions de chiffre d'affaires soit revue à la baisse, la moyenne tombant sous la barre des 6,7 milliards de ventes, contre 6,78 milliards au premier trimestre. Un abaissement qui signifierait qu'Intel n'est pas parvenu à en finir avec la baisse séquentielle (d'un trimestre sur l'autre) de ses ventes. Merrill Lynch a d'ailleurs abaissé d' "achat fort" à "neutre" sa recommandation sur Intel pour le court terme. La banque est moins optimiste pour l'ensemble du secteur, puisqu'elle a abaissé ses recommandations - toujours pour le court terme - sur six autres producteurs de puces, dont Texas Instruments (à "neutre") et Analog Devices (à "achat"), L'analyste spécialisé de Merrill Lynch, Joseph Osha, juge que "l'activité des semi-conducteurs a bénéficié avant tout de comparaisons favorables et de la faiblesse des stocks" au cours du printemps. Il ajoute que "la probabilité d'une reprise plus forte s'est évaporée" au fil du temps et que les niveaux de cours actuels ne permettent pas d'espérer des plus-values. Un pessimisme d'autant plus mal reçu par les marchés qu'il émane d'un analyste traditionnellement "bullish" (acheteur) sur le secteur. Il reste cependant positif sur les producteurs de smei-conducteurs non-américains, comme STMicroelectronics, TSMC ou Samsung. Et même si Morgan Stanley, dans le même temps, fait preuve d'optimisme en ajoutant Intel à sa liste de valeurs recommandées, l'étude signée par Joseph Osha a jeté un froid à Wall Street. A la mi-journée, l'indice composite du Nasdaq cédait 2,13% et le Dow Jones (dont fait partie Intel) 1,34%. L'action Intel reculait quant à elle de 4,51% à 26,91 dollars. Les informations délivrées par Intel interviennent alors que le monde des semi-conducteurs n'attend pour 2002 qu'un très timide début de reprise. Une semaine après le World Semiconductor Trade Statistics (WSTS), la SIA (Semiconductor Industry Association) a publié hier des prévisions confirmant ce pronostic, tout en prédisant un net rebond pour les deux prochaines années. La principale organisation professionnelle américaine du secteur table ainsi sur une reprise de 3,1% seulement des ventes mondiales de puces cette année, à 143 milliards de dollars. Un taux de croissance qui atteindrait 23,2% l'an prochain et 20,9% en 2004. "Depuis le début de l'année, explique Dwight Decker, membre du conseil d'administration de la SIA, nous avons observé une baisse nette des sur-stocks et de la capacité de production, et le secteur a renoué avec une croissance modeste en rythme séquentiel, ce qui montre que nous sommes au premier stade de la reprise". Celle-ci devrait s'accélérer à partir du second semestre, "emmenée par la hausse des ventes de combinés mobiles et de PC". L'influence croissante des ventes de téléphones portables sur la santé du secteur, au détriment de celle des ventes d'ordinateurs, est confirmée par Craig Barrett, le PDG d'Intel, dans un entretien au Financial Times. Il explique notamment qu'il entend porter la part du marché des télécommunications dans le chiffre d'affaires du groupe au-dessus de celle des PC d'ici cinq ans. Aujourd'hui, les ordinateurs génèrent encore près de 80% des revenus du groupe, contre 20% pour les télécoms.Sans attendre Intel, Texas Instruments, principal fournisseur de puces des constructeurs de téléphones mobiles, a une nouvelle fois réaffirmé ses objectifs financiers pour le trimestre. Le groupe table sur une hausse de 10% des ventes par rapport au premier trimestre et sur un bénéfice par action de 5 cents. Son PDG, Tom Engibous, souligne la vigueur des commandes enregistrées au cours des deux premiers mois du trimestre. Le ratio "book to bill" (rapport entre les commandes et les facturations sur une période donnée) devrait ansi se maintenir au dessus du seuil de 1 au deuxième trimestre. Et si cette tendance se maintient, poursuit-il, "le chiffre d'affaires dans les semi-conducteurs devrait afficher à nouveau une croissance en rythme séquentiel au troisième trimestre". A la mi-journée jeudi à Wall Street, Texas Instruments, dégradé lui aussi par Merrill Lynch, cédait 2,39% à 27,76 dollars.

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