La nomination d'Alex Mandl chez Gemplus ne rassure pas

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Doublement secoué ces derniers mois par la crise globale de la haute technologie puis par une crise interne et de management, Gemplus retrouvera-t-il la sérénité avec l'arrivée à sa tête, une nouvelle fois, d'un ancien dirigeant de sociétés high-tech américaines ? Le conseil d'administration veut y croire en annonçant la nomination au poste de directeur général d'Alex Mandl, ancien dirigeant de Teligent et d'AT&T. Cette nomination porte la marque de Texas Pacific Group, le fonds d'investissement américain actionnaire n°1 du groupe de Gémenos. Agé de 58 ans, d'origine autrichienne, Alex Mandl a déjà l'expérience des crises : après avoir fondé Teligent en 1996, il avait claqué la porte de cet opérateur alternatif en avril 2001 à la suite "d'un changement de contrôle et d'orientation stratégique". Depuis, Teligent s'est placé sous la protection du Chapitre 11 de la loi américaine sur les faillites. Alex Mandl, lui, exerçait ces derniers mois de nouvelles responsabilités chez In-Q-Tel, un fonds d'investissement créé par la CIA et spécialisé dans les nouvelles technologies. Ce chapitre de son curriculum vitae a déjà suscité la défiance des syndicats de Gemplus, qui redoutent le pillage des technologies de Gemplus par les Américains et le démantèlement du groupe. Interrogé par La Tribune, Franck Casalini, porte-parole du syndicat USG, majoritaire chez Gemplus, assure déjà que les salariés vont "étudier tous les moyens de lutte possibles" et parle d'"énormité" à propos du passage d'Alex Mandl chez In-Q-Tel. Celui-ci est donc déjà contraint de se défendre : "je n'étais qu'un membre du conseil d'administration" (d'In-Q-Tel), a-t-il expliqué à l'AFP. "Nous ne nous réunissions que deux heures, quatre fois par an. Je n'ai pas d'implication à la CIA". Chez AT&T, de 1991 à 1996, Alex Mandel avait notamment dirigé les activités de communications locales, sans fil et longue distance, ainsi que les divisions Direct TV, cartes de crédit et Internet.Chez Gemplus, où il promet d'arriver dès la semaine prochaine, Alex Mandl succédera à Ron Mackintosh, directeur général à titre provisoire depuis le limogeage d'Antonio Perez à la fin de l'an dernier. Et la feuille de route qui l'attend est longue et ambitieuse : sa première mission sera sans doute de rassurer salariés et investisseurs sur la solidité du management, après les affres subies depuis près d'un an. L'incompatibilité d'humeur entre Antonio Perez et ses salariés, puis "l'affaire" du prêt de 70 millions d'euros consenti par le groupe à son fondateur Marc Lassus, actionnaire à hauteur de 15%, ont laissé des cicatrices encore douloureuses. Au-delà, Alex Mandl devra assurer le redressement financier de l'entreprise : après avoir perdu 100 millions d'euros l'an dernier, pour un chiffre d'affaires de 1,023 milliard, Gemplus a annoncé pour le deuxième trimestre une perte nette de 123,1 millions, grevée par les provisions et les charges de restructurations, soit un total de 185,5 millions pour le premier semestre. Pour y parvenir, le nouveau DG n'exclut d'ailleurs pas un nouveau plan social, alors que le groupe doit achever cet automne la suppression d'un emploi sur six, soit 1.100 postes dans le monde (dont un peu plus de 400 sur 2.100 en France). "Il y a beaucoup à faire", reconnaît le nouveau DG, "mais Gemplus dispose d'une excellente base de travail". Alex Mandl assure pouvoir compter sur l'apport "de toute l'équipe dirigeante et des employés". La première partie est sans doute exacte, la deuxième reste à prouver après les conflits des derniers mois et les soupçons de "pro-américanisme" exprimés par les syndicats.En Bourse, l'action Gemplus, qui avait ouvert en hausse de plus de 3%, cède 6,98% en clôture, à 0,80 euro. Le titre avait progressé de 7,5% jeudi mais son recul depuis le début de l'année dépasse 70%.

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