En vue du 5 mai, le Web mobilise, informe et manipule

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Depuis dimanche, quelque chose a changé sur le Net, en particulier dans les boîtes à lettres électroniques. Alors qu'avant le premier tour chaque jour apportait son lot de messages sur Loft Story - vidéos, blagues, rumeurs -, les nouvelles se font rares sur les 12 lofteurs de la Plaine Saint Denis. Et pour cause, les messageries des internautes sont prises d'assaut par des mails d'appel à la mobilisation pour cet entre deux tours des présidentielles si déconcertant.Car si les 16 candidats à l'élection avaient déployé leurs meilleurs efforts pour faire campagne sur le Net, les internautes semblaient être restés en marge du débat. Point d'appel au vote, nulle révolte ou coup de gueule, et peu de sites engagés, mis à part ceux bâtis par les plus militants, n'étaient venu accompagner le débat politique. Et ce alors que certains avaient utilisé tous les outils interactifs pour attirer le chaland, comme Alain Madelin qui proposait de répondre à des questions par SMS. "Aucun candidat n'a trouvé le ton juste pour parler aux usagers. Ils ont utilisé le Net comme ils ont distribué des tracts sur les marchés", juge Pierre-Marie Vidal, rédacteur en chef du site d'informations Profession Politique. Plus de trafic qu'à la SNCF. Mais le 21 avril au soir, un premier coup de tonnerre a secoué le Net, avant même les rafales de mails anti-Le Pen qui ont commencé lundi après-midi. "Les forums des sites officiels comme ceux des sites alternatifs sont devenus des 'chats'. Les internautes s'exprimaient sur le site de Jospin sans modérateur. Depuis lundi, le site de Chirac enregistre 60.000 visites par jour, plus du double d'avant le premier tour. Lundi et mardi, sur le site de Le Pen, il y a eu plus de connexions que sur le site de la SNCF", indique François Freby, président de l'Observatoire de la Net Campagne. Des sites sauvages comme le-maquis.org, appelant à la mobilisation, montés par des organisations ou de simples internautes, ont également vu le jour.Mais c'est surtout l'explosion du spam (e-mail non sollicité), dont les internautes sont quotidiennement envahis, qui est impressionnante. Quantité d'e-mails de toutes sortes passent de boîte en boîte dans le but de faire passer un message précis. Que ce soit sous forme d'humour comme cette image qui compare sur une carte de France l'implantation électorale du Front National avec l'impact des radiations du nuage de Tchernobyl sur l'Hexagone. Ou plus sérieusement, en informant les internautes des horaires et des itinéraires des manifestations. Intoxication. Mais Internet oblige, la gravité de cet entre deux tours n'a pas empêché l'intoxication. Pour en juger, il suffit d'avoir vu le mail comparant le slogan de Le Pen "socialement à gauche, économiquement à droite" avec un prétendu discours d'Hitler datant de 1932, version allemande à l'appui. Un peu grosse, la supercherie a vite été dénoncée. Autre message de désinformation : les faux sondages, attribués aux Renseignements Généraux ou au CSA, qui préviennent que Le Pen pourrait remporter 42% des voix. Le but évident : faire peur pour mobiliser.Le spam tourne donc désormais à plein pour ces présidentielles. Et si les internautes ont parfois du mal à séparer le bon grain de l'ivraie, c'est le principe même du marketing viral. "En recevant des messages provenant d'amis ou de connaissances, les internautes n'ont plus de distance vis-à-vis de l'information. Ils s'en méfient moins", explique Karim Stambouli, directeur associé de Publicis e-Brands.Le FN sur le Web. Du côté des militants frontistes, la méthode n'est pas la même. "Présents depuis longtemps sur le Net, ils travaillent plutôt dans le harcèlement et pas trop sur leurs propres pages Web", explique François Freby. S'ils n'ont d'ailleurs pas de forums attitrés, c'est en raison des problèmes juridiques qu'ils ont eu à ce sujet. Agissant en sous-marin, les militants ou les sympathisants sont essentiellement actifs dans les forums depuis le 24 avril. Sur certains forums alternatifs, on repère facilement des internautes appelant à voter pour le candidat frontiste, en justifiant son programme et ses méthodes. Circulent également dans des forums de gauche, officiels ou pas, des théories insidieuses encourageant le vote d'extrême droite. Un pourcentage fort pour le candidat frontiste, y explique-t-on, permettrait une prise de conscience des électeurs de gauche, qui alors voteraient massivement pour le PS aux législatives. Maladroite, la démonstration passe également dans les messageries. Dans tous les cas, semble-t-il, les internautes ne sont visiblement pas dupes et s'avertissent les uns les autres de la présence de l'intrus.En tous cas, l'électrochoc du premier tour aura permis d'attester d'une chose : "après le tâtonnement des municipales, les présidentielles ont permis au Net de réussir son baptême du feu. D'autant que depuis le premier tour, les internautes se sont réappropriés le Réseau et le Net a repris, avec cet ensemble de messages, son caractère frondeur", conclut Pierre-Marie Vidal.

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