Le marché des puces guette la reprise

Noël était au rendez-vous, mais le printemps sera peut-être en retard pour les fabricants de semi-conducteurs. Si tous les acteurs du marché assurent que 2002 sera l'année de la reprise après la chute des volumes et des prix subie en 2001, aucun ne se risque plus à prédire le redécollage pour le début de cette année. Sur le marché vedette des ordinateurs personnels comme sur ceux des télécoms, de l'automobile ou de l'électronique grand public, le léger rebond enregistré au quatrième trimestre de l'an dernier ne suffit pas à alimenter l'optimisme des grands noms du secteur : après les américains Intel et AMD la semaine dernière, l'allemand Infineon a accompagné lundi la publication de ses résultats trimestriels de commentaires on ne peut plus prudents, soulignant notamment qu'il n'observe "pas encore de signes clairs de reprise durable du marché dans son ensemble" (lire article ci-contre). Deuxième producteur européen de semi-conducteurs et numéro quatre mondial, Infineon continue de souffrir de la grave crise traversée par le marché des mémoires DRAM : le redressement des cours mondiaux de ces produits depuis le mois de novembre ne permet pas au groupe d'afficher une marge brute positive. Car si les cours des DRAM les plus vendues ont été multipliés par trois en deux mois, ils restent globalement inférieurs aux coûts de production. Et ce redressement des prix doit plus au déstockage et à la réduction des capacités de production qu'à une réelle hausse de la demande. Pour Intel et AMD, les deux géants du microprocesseur, les perspectives sont à peine meilleures. Le marché des PC, qui a subi un coup d'arrêt en 2001 avec une baisse des ventes de 4,6% selon Gartner, n'est visiblement pas prêt de jouer les courroies d'entraînement du marché. A l'exception de l'insolent leader mondial Dell, les grands constructeurs d'ordinateurs personnels restent prudents sur leurs perspectives. Car ni le lancement du système d'exploitation Windows XP de Microsoft - pourtant déjà vendu à près de 20 millions d'exemplaires - ni la baisse des prix des composants ne suffisent à relancer les ventes. Intel prévoit ainsi, pour les trois premiers mois de 2002, un chiffre d'affaires au mieux stable par rapport à la fin 2001, au pire en recul de 8,3%, à 6,4 milliards de dollars. Et AMD, qui gagne pourtant régulièrement des parts de marché, n'exclut pas une baisse de ses ventes en rythme séquentiel. En clair, le début de l'année restera marqué par les facteurs saisonniers traditionnels, généralement peu favorables au secteur.Quant au marché des équipements de télécommunications, il n'est guère plus prometteur. La chute de Nokia et de plusieurs de ses concurrents sur les marchés européens lundi (lire article ci-contre) illustre, là encore, la persistance des incertitudes : elle s'explique essentiellement par la révision à la baisse des prévisions de Morgan Stanley pour le groupe finlandais. Et l'analyste de la banque américaine a réduit de 6% son estimation du marché mondial des combinés mobiles en 2002, à 410 millions d'unités.Dans ces conditions, les résultats et les commentaires que publiera le groupe franco-italien STMicroelectronics mardi après la clôture des marchés américains seront scrutés avec attention. Fortement présent sur les marchés des mobiles et de l'électronique grand public, STM devrait accuser un recul d'un tiers de ses ventes pour le quatrième trimestre par rapport à la même période de 2000. Et le consensus établi par Reuters table sur un résultat net part du groupe limité à 48,1 millions de dollars, pour un chiffre d'affaires de 1,404 milliard, sensiblement égal à celui du trimestre précédent. La marge brute, elle, est attendue à 32,7%, contre 33% au troisième trimestre. Le maintien des marges reste la priorité des producteurs de puces. Dans le contexte actuel, il passe par la réduction des investissements : les dépenses d'Intel dans ce domaine devraient accuser cette année un recul de 25% par rapport à 2001. Et le mouvement est pratiquement général : chez le taïwanais TSMC, numéro un mondial de la sous-traitance de semi-conducteurs, le néerlandais ASML, fabricant d'équipements pour les grands "fondeurs" de puces, ou le sud-coréen Samsung, l'austérité règne en termes d'investissement industriel, les budgets étant parfois amputés de 30%. L'heure est donc à la stabilisation du marché, mais il en faudra plus pour retrouver la confiance d'investisseurs plus que circonspects à l'encontre des valeurs cotées du secteur. Ainsi, en fin de journée lundi, Infineon chutait de 2,78% à Francfort à 22,75 euros, tandis qu'à Paris STMicro abandonnait 3,13% en clôture à 33,42 euros. Quant à l'indice américain de référence du secteur, le Philadelphia Semiconductor Index, il a perdu 11,5% entre le 3 et 18 janvier, après une hausse de plus de 50% au quatrième trimestre.Marc Angrand

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