France Télécom attend toujours argent frais et patron

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France Télécom aura un nouveau PDG fin septembre ou début octobre. Invité de RTL vendredi matin, Francis Mer, le ministre de l'Economie, l'a promis. Confirmant ainsi la difficulté du gouvernement à remplacer Michel Bon à la tête de France Télécom. Et les problèmes qu'il éprouve à échafauder une solution aux déboires financiers du groupe. Ce retard n'est évidemment pas pour rassurer les investisseurs : à la Bourse de Paris, après avoir perdu plus de 14,5% en matinée, l'action France Télécom limitait ses pertes en clôture à 2,63%, à 10,35 euros. Michel Bon, qui a présenté jeudi soir sa démission au conseil d'administration, a donc accepté d'assurer l'intérim. En de présenter les résultats semestriels du groupe qu'il a dirigé pendant sept ans. Une démarche logique, puisque ce sont ces résultats, et notamment la dégradation de la dette, qui ont précipité sa chute. Des résultats opérationnels bien meilleurs que prévuLes comptes semestriels reflètent parfaitement l'ambiguité du dossier France Télécom : l'ex-monopole français dégage en effet des résultats opérationnels qui dépassent les prévisions les plus optimistes. Mais le groupe n'en reste pas moins menacé d'une crise de liquidités : sa dette atteignait 69,7 milliards d'euros fin juin. Et il annonce une perte semestrielle record de 12,2 milliards, après avoir inscrit dans ses comptes 10,8 milliards d'euros de provisions exceptionnelles, liées pour les trois quarts au dossier MobilCom. Ces chiffres dans le rouge masquent complètement la progression de 17,3% du résultat opérationnel du groupe, qui atteint 3,2 milliards d'euros sur les six premiers mois de l'année. L'Ebitda (équivalent de l'excédent brut d'exploitation), lui, augmente de 13,2% à 6,9 milliards d'euros. Des résultats jamais atteints auparavant et qui devraient être battus au second semestre. Pour l'ensemble du groupe, Michel Bon promet une croissance de l'Ebitda de plus de 10% par rapport à 2001. De son côté Orange, dont l'Ebitda a progressé de 41% sur le semestre, à 2,304 milliards d'euros, se paie même le luxe de revoir à la hausse ses objectifs d'Ebitda pour l'année. La filiale mobile table désormais sur un Ebitda annuel de 4,7 milliards, contre 4,3 milliards auparavant. En Bourse, Orange après une séance hésitante, gagne 5,95% en clôture à 5,52 euros. MobilCom condamnéMobilCom, lui, est promis au dépôt de bilan. Car malgré l'appel au secours lancé hier par les salariés d'outre-Rhin à leurs collègues français, le conseil d'administration de France Télécom a entériné le "lâchage" de MobilCom et la sortie du marché allemand. Selon le groupe, les "lacunes structurelles" de MobilCom, la "profonde dégradation" de ses résultats et la "faible qualité" de sa base de clientèle l'ont amené à conclure à "l'absence de viabilité autonome de l'activité UMTS de MobilCom". Les relations exécrables entretenues avec le premier actionnaire, Gerhard Schmid, ont sans doute aussi pesé lourd. Conséquence de cette décision, l'action MobilCom s'effondre à Francfort, perdant 40,56% en fin d'après-midi vendredi à 1,07 euro.Toujours pas de plan de refinancementS'il a tranché sur le dossier allemand, le conseil d'administration a échoué à boucler un plan de renflouement des fonds propres du groupe. Car si Bercy promet "un renforcement très substantiel" de ces fonds propres, les modalités de cette injection de capitaux sont toujours aussi floues. L'hypothèse d'une augmentation de capital qui pourrait atteindre 15 milliards d'euros - dont plus de 8 milliards à la charge de l'Etat - reste d'actualité, malgré les problèmes de financement et les risques de révolte des petits porteurs et des salariés actionnaires."France Télécom, pas plus qu'aucune entreprise, ne peut survivre indéfiniment à une situation dans laquelle plus personne ne veut lui prêter d'argent mais au contraire chacun veut être remboursé le plus vite possible", a souligné Michel Bon. "S'agissant d'une entreprise qui, comme France Télécom, dégage du cash et voit ses résultats opérationnels progresser rapidement, je ne peux m'empêcher de trouver cette situation irrationnelle". Dégonflement en vue pour la detteSeule et petite consolation : la montagne de la dette devrait se dégonfler avant la clôture de l'exercice 2002. Principalement grâce aux cessions annoncées depuis le 30 juin - TDF (pour 1,6 milliard d'euros), Stellat (200 millions) et Casema (700 millions) - ou prévues pour les prochains mois, comme Noos. En y ajoutant des cessions de créances et le cash-flow prévu pour le second semestre, le groupe table d'ici la fin de l'année sur un total d'"au moins 4 milliards de ressources", pour un montant de décaissements liés aux investissements financiers, au dividende et aux remboursements d'emprunts de 4,2 milliards. Le niveau des lignes de crédit disponibles (7,15 milliards d'euros au 30 juin) devrait encore être "de l'ordre de 7 milliards" fin décembre. Alors que les remboursements d'emprunts à assurer sur les six premiers mois de l'an prochain atteignent à eux seuls 7,5 milliards. "Ils devraient donc être couverts par les lignes de crédits disponibles et par la trésorerie", assure le groupe. Des propos rassurants qui n'enlèvent rien à la nécessité de refinancer le groupe durablement. Et vite, si l'Etat actionnaire ne veut pas désespérer les marchés financiers.Les agences de notation, elles, ont accordé un premier et prudent satisfecit à l'engagement renouvelé de l'Etat. S&P a confirmé ses notes sur France Télécom et sa perspective stable, en saluant la "manifestation forte du soutien de cet actionnaire" que constitue l'engagement du gouvernement à participer à la réduction de la dette et au renforcement des fonds propres. Standard & Poor's applaudit par ailleurs la sortie du marché allemand, un facteur positif permettant d'éviter une détérioration du cash-flow et de la rentabilité.

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