Montagnes russes pour l'action France Télécom

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Les investisseurs qui avaient souscrit à l'introduction en Bourse de France Télécom en octobre 97 sont, comme en septembre dernier, pratiquement revenus au point de départ. Oublié le printemps 2000 où l'action flirtait avec les 220 euros et représentait 20% du CAC 40 avec plus de 220 milliards d'euros de capitalisation. Oublié aussi le rebond de l'automne dernier qui avait emmené l'action à 50 euros. Le lent mouvement de déclin débuté en janvier a entraîné aujourd'hui l'action sous son cours d'introduction de 27,75 euros (182 francs à l'époque). En début de séance, elle est même tombée jusqu'à 27 euros égalant ainsi son plus bas niveau historique touché le 12 septembre 2001 au lendemain des attentats. Ce seuil a-t-il fait réagir le marché? Toujours est-il que l'action s'est redressée en milieu de journée pour gagner 1,5% à 28,34 euros en clôture. Mais en dépit de cette reprise, elle reste tout de même à des niveaux exceptionnellement bas.Depuis le début de l'année, de nombreux facteurs ont pesé sur le titre. En marge d'inquiétudes générales sur ce secteur, le marché s'est intéressé de près à la dette de plus de 60 milliards d'euros de France Télécom. A cela se sont ajoutées les dépréciations d'actifs (comme sur NTL) qui ont fait plonger le groupe dans le rouge en 2001 puis la bataille avec l'opérateur allemand MobilCom. Enfin, plus récemment, les résultats en baisse et les perspectives très prudentes des américains WorldCom et AT&T sont venus jeter un peu plus le trouble sur le secteur et donc l'opérateur français (voir ci-contre).Un premier trimestre modeste. Le climat n'est donc pas des plus favorables à la veille de la publication du chiffre d'affaires trimestriel du groupe. D'autant qu'après une année 2001 encore marquée par une croissance de 27,8%, les professionnels n'attendent qu'une performance modeste de la part de l'opérateur historique français. Par exemple, Aurel-Leven et Fideuram-Wargny n'attendent qu'entre 6,3 et 6,4% de progression avec des estimations de chiffre d'affaires de 10,68 milliards d'euros pour le premier et 10,67 milliards pour le second.Outre un effet périmètre moins avantageux que l'an passé, le groupe devrait souffrir de la baisse des entreprises dans sa branche "services de réseaux aux entreprises", de la déconsolidation de Telecom Argentina et de la mise en place du dégroupage, effective depuis le début de l'année. Mais c'est aussi le marché de la téléphonie mobile qui préoccupe les investisseurs. Or, France Télécom détient de nombreuses participations via sa filiale Orange. "Les gens sont inquiets à propos du secteur de la téléphonie mobile. Est-ce un secteur de croissance? S'il ne l'est pas, comment peut-il être valorisé?", s'interrogeait il y a un mois déjà Robert Buckland, stratégiste de Schroder Salomon Smith Barney. Ces commentaires étaient apparus alors que le secteur connaissait une véritable tourmente boursière sur des craintes de dépréciation d'actifs de la part de Vodafone et l'annonce du retour de BT dans la téléphonie mobile.Inquiétudes persistantes sur la téléphonie mobile. Quelques semaines plus tard, les inquiétudes sur la faible croissance et la concurrence accrue ont été renforcées. La semaine dernière, le nombre de nouveaux clients gagnés par Vodafone a déçu tandis que T-Mobile a confirmé que la croissance future n'atteindrait pas les niveaux du passé. "Les années du boom sont derrière nous" a déclaré le responsable Europe du groupe (voir ci-contre). Et l'Autorité de régulation des télécommunications (ART) n'est pas allée à l'encontre de la tendance puisqu'elle a annoncé récemment que le marché français de la téléphonie mobile n'avait progressé que de 0,8% au premier trimestre. Du coup, de plus en plus de professionnels estiment que la téléphonie mobile tend vers le modèle économique des services aux collectivités, lesquels ont des ratios de valorisation bien inférieurs.Bref, la téléphonie mobile, qui hier apparaissait comme le moteur de la croissance, pourrait aujourd'hui être un frein en termes d'activité et de valorisation boursière. Et France Télécom n'échappe pas à cette tendance. La stratégie de Michel Bon, le président du groupe, "a été un échec", lance un vendeur cité par l'AFP qui ajoute qu'après les élections, "on risque d'avoir des surprises". Pour lui, Michel Bon est directement menacé. Du côté des analystes, après un premier trimestre difficile, on attend tout de même un sursaut du groupe sur les mois suivants. Ainsi, Aurel-Leven anticipe sur l'année une croissance de 11,1% et Fideuram-Wargny se veut encore plus optimiste avec une hausse du chiffre d'affaires prévue à 14,9%. Quant à la valorisation boursière du groupe, les analystes sont assez partagés. Le vendeur interrogé par l'AFP estime que, compte tenu des inquiétudes qui entourent le groupe, "on passera demain sous les plus bas". Joël Raffin-Peyloz, chez KBC Securities, considère de son côté que, si industriellement il n'y a rien d'alarmant, l'action France Télécom est néanmoins trop chère car "il faut revoir les paradigmes de valorisation" du secteur. En revanche, certains se montrent plus optimistes. C'est le cas d'Aurel-Leven et de Fideuram-Wargny qui accordent tous deux un potentiel de hausse à l'action.

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