Alcatel panse ses plaies et attend la reprise

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"Il ne se passe pas de jour où les dépenses d'investissement de nos clients, les opérateurs télécoms, ne baissent pas", soufflait Serge Tchuruk lors des résultats trimestriels du groupe, en avril dernier. En tant qu'équipementier télécoms, le groupe a subi l'arrêt des investissements tous azimuts des opérateurs de réseaux, après l'explosion de la bulle spéculative sur ces secteurs. A l'heure actuelle, les grands équipementiers mondiaux n'entrevoient pas de signes d'une reprise qui ne cesse d'être repoussée de semestre en semestre. Le cabinet UBS Warburg prévoit pour 2002 un recul de 26 % des investissements mondiaux en téléphonie fixe. En 2003, les opérateurs de téléphonie ne devraient investir que 115 milliards de dollars contre 180 en 2000. Alcatel anticipe pour sa part une chute de son activité de 25% aux USA, 15% en Europe et 10% en Asie pour 2002.Pourtant, selon l'Union internationale des télécommunications, le trafic de données sur Internet double tous les neufs mois. De fait, le prochain relais de croissance du secteur résidera dans la généralisation des connexions haut débit, telles que le câble, l'ADSL ou l'UMTS, chez le consommateur final. Mais la pénétration de ces technologies, emblématiques de la maturité d'Internet, reste encore confidentielle en Europe.Alcatel, qui a grandement misé sur le haut débit (55% de parts de marché sur l'ADSL, 30% sur les fibres optiques), se retrouve ainsi dans la position délicate de leader mondial d'un marché pour le moment en berne. Symbole de cette situation, Alcatel Optronics, la filiale spécialisée dans les réseaux en fibre optique, introduite en Bourse sous forme d'actions reflet en novembre 2000 à 90 euros, n'a jamais dépassé son cours d'introduction et s'est effondrée vers les 5 euros. 2001, la croisée des cheminsL'exercice 2001 d'Alcatel a bien sûr reflété cette convalescence du secteur. Mais il a aussi attesté des efforts du groupe pour se placer en pole-position en vue d'une hypothétique reprise.En 2001, la perte nette du groupe a atteint 5 milliards d'euros et la perte opérationnelle est ressortie à 361 millions d'euros, pour un chiffre d'affaires en recul de 5,5% à 25,35 milliards d'euros. Le dernier trimestre 2001 a été particulièrement douloureux pour le groupe, enregistrant une perte nette de 1,5 milliard d'euros. Principales causes de ces contre-performances, les coûts de restructuration (2,1 milliards), les dépréciations d'actifs (1,5 milliard), la faillite du partenaire canadien 360 Networks (800 millions) et les moins values de cession (500 millions d'euros). De mauvaises performances étaient certes attendues, mais les chiffres annoncés ont été bien pires que les attentes les plus pessimistes.Malgré tout, en 2001 Alcatel a commencé à prouver sa capacité de redressement, alors que les investisseurs semblaient douter qu'il réussirait à se restructurer aussi fortement que ses concurrents, notamment du fait des législations sociales françaises. Nortel a ainsi divisé ses effectifs par deux en 2001 et Lucent a réduit les siens de 46.000. Mais déjouant les pronostics, Alcatel a pu supprimer un emploi sur trois en 2001. Et sur deux ans, ce sont près de 34.000 postes qui auront été touchés. Serge Tchuruk a opéré de nombreux désengagements, de l'usine de téléphones de Laval aux cessions de participation dans Thales en passant par les mises en sous-traitance. Les résultats 2001 font ainsi apparaître une division par deux de la dette et une capacité à générer du cash-flow (1,56 milliard au quatrième trimestre 2001), toutes choses susceptibles de rassurer actionnaires, gérants et analystes. "Contrairement à ses concurrents, la pérennité d'Alcatel n'est pas remise en cause. Les incertitudes sur la survie du groupe ont été levées", estime ainsi un analyste parisien.2002, le temps d'attendreDans un secteur sans aucune visibilité à court terme, l'année 2002 sera pour Alcatel celle de la consolidation des positions et du renforcement de ses capacités de rebond. Pour l'année en cours, Alcatel devrait commencer à recueillir les fruits de son humilité retrouvée. Au premier trimestre, le besoin de fonds de roulement a été diminué de 900 millions d'euros, l'endettement net a encore été réduit de 300 millions d'euros, de même que les stocks. Le groupe prévoit de revenir à un résultat opérationnel positif au second semestre. Alcatel espère enfin fusionner sa division de téléphonie mobile avec un autre grand acteur. Serge Tchuruk à l'épreuveOutre l'environnement économique, la stratégie et l'action de Serge Tchuruk ont pu être à l'origine de la défiance des investisseurs.Fin 2001, début 2002, les observateurs n'avaient pas de mots assez durs contre le PDG. "Les comptes sont moins mauvais que ceux de Lucent, Nortel, Marconi (...). Une différence toutefois, les patrons de Lucent, Nortel, Marconi et Ericsson ont été remerciés. Celui d'Alcatel est toujours là", soulignait ainsi le magazine Challenges. Une opinion largement partagée par les actionnaires, qui n'ont pas manqué de s'exprimer lors de l'assemblée générale. Qui plus est, les versements de stock-options, indexés sur l'exercice précédent (en 2001sur 2000, en 2002 sur 2001...) passent mal auprès des porteurs, dont le papier a chuté de 87% depuis son plus haut du 4 septembre 2000, à 97 euros .Du point de vue stratégique, le rapprochement avorté avec Lucent au printemps 2001 a, dans une certaine mesure, brouillé l'image du management d'Alcatel, qui a été perçu comme dogmatique, dirigiste et finalement maladroit. De même, certains désengagements ont brouillé la perception de la stratégie. "Le groupe de Serge Tchuruk a dû se résoudre à abandonner certaines de ses divisions télécoms. Comme s'il devait désormais se recentrer sur le coeur du coeur de métier", s'inquiétait la Tribune en avril dernier. Enfin les accusations de l'ancien dirigeant Pierre Suard, dans un livre attaquant les pratiques comptables de ses successeurs, ont pu ajouter à la confusion.Mais quels que soient les efforts du groupe pour assainir ses comptes et clarifier sa stratégie, seuls des signes clairs d'une reprise du marché des télécoms pourront inciter les analystes et les grands courtiers à redevenir positifs sur la valeur Alcatel. Ceux-ci restent dans leur grande majorité extrêmement prudents sur le secteur. Les révisions des perspectives de croissance de Lucent ou de Nortel ne laissent pas présager de reprise à court terme. A long terme, l'espoir reste de mise. L'Europe et les USA devront renouveler leurs points d'accès et leurs lignes domestiques dans les années qui viennent. Et dans le monde, un abonné fixe sur cinq utilise du matériel Alcatel.Pierre de BeauvilléAlcatel en chiffresCapitalisation boursière : 14,7 milliards d'eurosEffectifs 2001: 99.314Chiffre d'affaire 2001 : 25,35 milliards d'eurosPerte nette 2001 : 4,96 milliards d'euro

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