Renault monte en régime

/>Particulièrement résistant en Bourse depuis le début de l'année, Renault s'est aussi distingué sur le plan commercial. C'est du moins l'avis des analystes suite à la publication des ventes mondiales du premier semestre. De fait, dans un marché en baisse de 4,8% sur les six premiers mois de l'année, Renault a réussi a augmenter ses ventes de 1,3%. Porté par les innovations en termes de style (Vel Satis) mais aussi par le succès de ses nouvelles motorisations diesel, le constructeur au losange a échappé à la sinistrose en augmentant ses parts de marché. Il est vrai que la croissance reste comme en 2001 inférieure à celle de Peugeot (+3,4%), mais "les chiffres sont très satisfaisants compte tenu du fait que Renault offre encore une gamme vieillissante", souligne Sébastien Caron chez Fideuram-Wargny. Si Renault parvient ainsi à tirer son épingle du jeu, c'est également grâce à son implantation dans des zones autres que l'Europe occidentale où, en marge des véhicules affichant le célèbre losange, il s'appuie sur des marques comme Dacia ou Samsung Motors. Les ventes ont par exemple progressé de 11,5% en Europe orientale et Russie et 80,5% en Asie PacifiqueDe nouveaux modèles pour doper les ventesNéanmoins l'influence de ces zones reste relativement marginale: environ 6% des volumes du groupe. D'ailleurs, lorsqu'il s'agit d'évoquer les perspectives de la société, les analystes insistent plus sur le renouvellement de la gamme des modèles européens. Et l'avenir paraît plutôt prometteur. Certes, la fin de l'année ne devrait pas être synonyme de décollage. Car le lancement de la nouvelle Mégane n'aura lieu qu'à l'automne. Le groupe se veut d'ailleurs relativement prudent en indiquant qu'il souhaite simplement "consolider" ses ventes au second semestre, alors que le marché automobile européen est attendu en baisse de 4 à 5% en 2002. C'est donc à plus long terme que les professionnels attendent de belles performances. Car de la même façon que PSA a été porté l'an passé par ses nouveaux modèles, Renault devrait également tirer profit du renouvellement progressif de sa gamme. La firme de Boulogne en a déjà donné un avant-goût avec la Vel Satis (lancée le 8 mars) dont le design semble avoir séduit les clients puisque Renault annonce qu'elle est "en première position des berlines haut de gamme". Et outre la Mégane, dont Renault veut au total écouler 5,5 millions d'unités, le groupe va profiter de l'arrivée du nouvel Espace puis du Scenic et enfin de la Clio en 2004. C'est ce que Lehman Brothers mettait en avant à la mi-juin pour justifier la révision à la hausse de son objectif de cours sur Renault. L'analyste ajoutait que sur les deux ans à venir, le groupe allait bénéficier de la montée en puissance de 20 nouveaux modèles.Une rentabilité en voie d'améliorationMais le volume de ventes ne fait pas tout. Et un des points importants pour le marché est de savoir si Renault, qui se définit comme "créateur d'automobiles", est aussi créateur de valeur. Car l'an passé, la conjoncture n'a pas aidé le groupe, pas plus que la gamme en fin de vie. Du coup, le groupe a affiché une marge de 216 millions d'euros sur l'année pour la branche automobile (taux de marge de 0,64%) et de 473 millions d'euros pour l'ensemble du groupe (1,3% du chiffre d'affaires). Pour le premier semestre 2002, les chiffres seront connus dans le courant du mois. Mais comme pour les ventes, les analystes n'attendent pas de rebond immédiat de la marge opérationnelle, ni même pour la fin de l'année. Certains, tels Sébastien Caron, craignent même l'éventualité d'une mauvaise surprise sur les zones émergentes avec de nouvelles provisions. De fait, cet analyste n'exclut pas une légère baisse de la marge sur le premier semestre. En outre, le lancement des nouveaux modèles va induire des coûts et n'aura un impact sur les ventes qu'en toute fin d'année. Christophe Laborde d'ING mise ainsi sur une marge de 2% pour l'ensemble du groupe en 2002. Du côté de Renault, on se contente d'indiquer que la marge opérationnelle annuelle sera positive. En revanche, à plus longue échéance, Lehman Brothers note que les nouveaux modèles devraient augmenter l'Ebit de 1,5 milliard d'euros en année pleine. Christophe Laborde estime quant à lui que la marge pourrait atteindre 3,3, voire 3,5% du chiffre d'affaires en 2003 et s'améliorer encore en 2004. Bref, alors que Peugeot semble être arrivé en haut de cycle, Renault offre un appréciable potentiel d'amélioration de ses marges. A cet égard, l'arrivée des nouveaux modèles sera d'autant plus bénéfique à la rentabilité du groupe que ces véhicules partageront leurs plates-formes avec ceux de Nissan. Une alliance porteuse avec NissanPrécisément, pour de nombreux opérateurs, que ce soit sur le plan financier ou boursier, Renault a surtout été porté par son alliance avec Nissan (dont il détient 44%). Car le pari de Carlos Ghosn (qui en 2005 sera à la tête de Nissan et de Renault) a réussi. "Nous avons transformé une compagnie en difficultés en une bonne entreprise", s'est-il félicité en mai dernier. En 2001-2002, le groupe a notamment enregistré un bénéfice record de 372 milliards de yens (3,42 milliards d'euros). Et l'exécution du plan "Renaissance", lancé en 1999, a pris plus d'un an d'avance. Par exemple, à fin mars 2002, l'endettement de la branche automobile a été ramené à 435 milliards de yens, contre 953 milliards de yens un an plus tôt, alors que le plan prévoyait une dette de 700 milliards de yens en mars 2003.Face à ce succès, Nissan a annoncé un renforcement des liens capitalistiques qui l'unissent au Français (en montant à 15% dans son capital) et s'est fixé de nouveaux objectifs (avec "Nissan 180") tout aussi ambitieux que ceux de l'ancien plan. Carlos Ghosn attend une hausse des ventes en volume de 2,8% pour l'exercice 2002-2003 (à fin mars) et un bénéfice d'exploitation en progression de 13%. De quoi soutenir les résultats futurs de Renault, surtout dans l'attente de l'amélioration des marges. Grâce à ses résultats record, Nissan va en effet apporter 425 millions d'euros dans les comptes du constructeur français au premier semestre. "A court terme, Nissan va encore être la plus grosse contribution aux bénéfices de Renault", précise un analyste parisien. Un potentiel boursier à moyen termeAvec un avenir aussi prometteur, Renault ne peut que faire naître l'optimisme sur le plan boursier. L'action a déjà montré sa résistance à la déprime ambiante en s'affichant comme l'une des meilleures performances du CAC 40 sur l'année. "Depuis la crise des TMT, les investisseurs ont avant tout privilégié l'aspect défensif de l'automobile", notait récemment Marc Gouget chez BNP-Paribas. Et à moyen terme, les professionnels lui accordent encore un large potentiel de hausse. Lehman Brothers et Merrill Lynch affichent chacun des objectifs de cours supérieurs à 60 euros, arguant soit de l'apport de Nissan, soit des performances commerciales et des économies attendues des nouveaux modèles de Renault. Christophe Laborde se montre tout aussi positif en indiquant que "Renault se trouve dans la même situation que Peugeot il y a trois ans". Quant à Sébastien Caron chez Fideuram-Wargny, il en fait sa valeur préférée du secteur. Les gérants de fonds, qui pourtant tempèrent souvent les excès d'optimisme des analystes, ne restent cette fois-ci pas en marge de la tendance. "Nous sommes très sensibles au renouvellement de la gamme, à l'amélioration à venir des marges et aux vraies synergies que permet l'alliance avec Nissan", résume Jacques-Antoine Bretteil chez IC Gestion qui ajoute que l'on peut attendre "de bonnes surprises à partir du Mondial de l'auto" qui aura lieu en octobre. Bref, Renault semble bien parti pour prendre le relais de Peugeot sur les trois ans à venir.Olivier DecarreFiche valeurClassement: 1ère marque et 5ème groupe pour les ventes en Europe.Capitalisation boursière : 12,8 milliards d'euros.Effectif fin 2001: 140.417 personnesProduction 2001 :2,375 millions d'unitésCA 2001 : 36,35 milliards d'eurosRN 2001 : 1,05 milliard d'eurosPDG : Louis Schweitze

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