AOL Time Warner frappé par l'Enronite

Après Enron, Vivendi ou WorldCom, c'est au tour d'AOL Time Warner, le numéro 1 mondial des médias, d'entrer dans la tourmente et de subir une crise de confiance majeure. Jeudi, le Washington Post révélait la tenue d'un conseil d'administration visant à restructurer le management. De fait, le numéro deux du géant et ancien président d'AOL, Robert Pittman, a démissionné de son poste. Il cède la place aux vétérans du groupe Time Warner, le patron de la chaîne à péage HBO Jeffrey Bewkes, et celui de Time Inc., Don Logan pour tenter de redonner confiance aux investisseurs alors que le cours de Bourse a chuté de 60% depuis le début de l'année, pour revenir à ses niveaux d'avant la fusion entre AOL et Time Warner.Le numéro un, Richard Parsons, a ainsi déclaré: "Nous avons la meilleure entreprise de médias et de communication dans le monde, mais notre défi est de tirer les leçons des deux années passées et faire travailler les deux entités (AOL et Time Warner) ensemble afin de créer plus de valeur pour nos actionnaires". Selon un analyste interrogé par le site CBS MarketWatch, le changement de direction ne suffira pas à lui seul à régler les problèmes d'AOL, le seul maillon faible du groupe en termes de croissance et de rentabilité.Cette révolution de palais intervient alors que des soupçons pèsent sur la gestion comptable du groupe. Jeudi, c'est encore le Washington Post qui affirmait avoir découvert qu'AOL avait transformé des revenus tirés de procès gagnés en justice en revenus de transactions publicitaires. D'autre part, AOL aurait "comptabilisé certaines ventes publicitaires réalisées pour le compte de eBay dans ses propres livres".Le journal estimait que sans ces tricheries comptables, AOL aurait déçu les attentes des analystes en matière de croissance des rentrées publicitaire pendant trois trimestres de l'année 2000 et 2001. "Dans leur ensemble, ces transactions ont aidé AOL a battre les prévisions de Wall Street en termes de bénéfice par action (...) d'un cent pendant deux trimestre de l'année 2000", écrit-il. Le Washington Post a rappelé qu'à cette époque, marquée par un recul généralisé des rentrées publicitaires, les investisseurs punissaient sévèrement les groupes dont les résultats déçevaient les attentes des marchés.Dans un communiqué, AOL se défend simplement en ce qui concerne l'accusation de triche comptable: "Le traitement comptable appliqué à l'ensemble des transactions (...) a été approprié et en accord avec les normes GAAP". "Les transactions citées par le Washington Post ont compté pour moins de 2% du chiffre d'affaires d'AOL pendant la période et leur prise en compte comptable sous une autre forme n'aurait eu aucun impact sur le bénéfice net du groupe", a par ailleurs ajouté le groupe pour sa défense.On apprend enfin vendredi qu'AOL Time Warner fait l'objet d'une plainte en nom collectif déposée devant un tribunal de New York, accusant le géant des médias et d'Internet d'avoir trompé les actionnaires en leur faisant des promesses mirifiques et non tenues.Selon le cabinet Milberg Weiss en charge du dépôt de la plainte, les responsables d'AOL Time Warner ont fait des déclarations "matériellement fausses et trompeuses concernant l'entreprise, les synergies de la fusion entre AOL et Time Warner et les projections de résultat". La plainte porte sur la période du 18 avril 2001 au 24 avril 2002, date à laquelle le groupe a annoncé une perte record de 54,4 milliards de dollars. Le cabinet considère que ces déclarations ont artificiellement gonflé le prix de l'action qui a perdu les trois quarts de sa valeur depuis l'annonce de la fusion (66% de perte sur la période englobée par l'action en justice).Sur le NYSE, l'action chutait de plus de 5% à 12,45 dollars jeudi. Elle reperd plus de 7% vendredi au moment où Paris clôture, à 11,49 dollars, son plus bas depuis la fusion.

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