BNP Paribas, futur pivot de la consolidation en Europe

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BNP Paribas connaît un parcours sans faute depuis la fusion de 1999. Un processus si exemplaire que la fusion est aujourd'hui enseignée dans les écoles de commerce et les enseignements en finance. Une histoire qui a valu, début 2002, le titre de "Stratège de l'année", décerné par La Tribune, au PDG Michel Pébereau (lire ci-contre). Le nouvel ensemble, constitué au plus fort de la bulle spéculative, a prouvé sa résistance au retournement des marchés. Dans l'attente d'un futur mouvement de consolidation européen, BNP Paribas est pour l'instant la seule banque française capable de s'agrandir pour, à terme, rivaliser avec les géants américains.SatisfactionEn 2001, BNP Paribas a très bien résisté aux difficultés économiques qui ont pesé sur le secteur du fait de la morosité boursière et de craintes liées aux événements traumatisants que furent le 11 septembre et l'affaire Enron. Le résultat annuel du groupe ne s'est replié que de 2,6% à 4,01 milliards d'euros. Le résultat d'exploitation, après un coût du risque qui a progressé de 14,9% à 1,3 milliard d'euros, a gagné 11,1% à 5,2 milliards d'euros. Sur l'ensemble de cette période, le produit net bancaire s'est pour sa part accru de 7,3% à 17,4 milliards d'euros. L'ensemble de ces chiffres se sont révélés supérieurs aux attentes des marchés qui tablaient en moyenne sur une baisse de 3,5% du résultat net du groupe et sur une hausse de 6,2% du produit net bancaire.Comme pour ses consoeurs françaises, la résistance de BNP Paribas à la dégradation de la conjoncture s'est expliquée par la très bonne performance de son réseau de banque de détail. Le résultat brut d'exploitation (RBE) de cette division, qui représente la moitié de l'activité du groupe, a progressé de 16,7% à plus de 3 milliards d'euros. Dans les autres divisions du groupe, les plus exposées à la morosité des marchés financiers, BNP Paribas a très nettement limité les dégâts. La branche "banque privée gestion d'actifs" a vu son RBE s'améliorer de 2,7% à 968 millions d'euros. Quant à la branche "banque de financement et d'investissement", son RBE a diminué de 2,2% à 2,5 milliards d'euros.PrévisionsA l'horizon 2005, dans le cadre de son plan stratégique, BNP Paribas se fixe pour objectif un bénéfice net par action (BNPA) de 6,75 euros, en hausse de 13% par an en moyenne par rapport à celui de 2002, qui était de 4,67 euros. Toujours en 2005, le rendement sur fonds propres (ROE) du groupe devrait être supérieur à 16%. La première banque française table sur un produit net bancaire (PNB) en croissance de 10% par an entre 2001 et 2005 (17,4 milliards d'euros en 2001) et un abaissement du coefficient d'exploitation (rapport entre les frais généraux et le chiffre d'affaires) à environ 60% contre 63% en 2001. Le groupe vise une augmentation de la part de son résultat avant impôts réalisée hors de France, cette dernière revenant de 60% actuellement à moins de 50% en 2005. La part de l'Europe passerait de 20% à plus de 25%, celle des Etats-Unis de 13% à plus de 15%. BNP Paribas chiffre son cash-flow autour de 2,5 milliards d'euros par an, dont 1,3 milliard au minimum sera réservé à des rachats d'actions afin de réduire l'impact des émissions d'actions en faveur des salariés. Mais l'élément le plus important de ces prévisions réside dans le fait que, selon la banque, les liquidités serviront, pour 5 à 9 milliards d'euros, à des acquisitions. AcquisitionsSuite à la fusion, le groupe a pu illustrer un modèle bancaire à la française, avec un mix d'activité caractéristique : ni totalement banque d'affaires, ni complètement banque de détail. Un profil qui a longtemps valu à BNP Paribas et au secteur bancaire français une décote boursière de l'ordre de 30% par rapport aux concurrents européens. En effet, ce mix d'activités était mal perçu du fait d'une faible exposition sur les marchés de capitaux et sur le secteur lucratif des fusions-acquisitions, dominé par les géants anglo-saxons. Dès lors, en 2000-2001, BNP Paribas a opté pour une politique d'acquisitions sélectives dans les secteurs où le groupe restait faible. Ainsi dans la banque de détail et la gestion d'actifs aux Etats-Unis, avec les achats de Bancwest et de Capstar. Le groupe a aussi complété son offre dans la banque et les services financiers en ligne en rachetant il y a peu le broker en ligne Consors pour 485 millions d'euros (lire ci-contre). Sa filiale Cortal gérait déjà près de 630.000 clients en Europe fin 2001 et BNP gérait encore 140.000 comptes via Banque Directe avant que le groupe ne s'en sépare, au profit d'Axa, préférant désormais miser sur son dispositif de banque de détail multicanal lancé en juillet 2001.ConsolidationL'ambition de BNP Paribas en matière de croissance externe est par ailleurs confirmée par Michel Pébereau au fil des interviews. "Nous n'excluons pas une alliance avec un autre opérateur pour créer une banque vraiment européenne", expliquait le PDG du groupe au Wall Street Journal à la fin du mois de mai, "mais il est important que nous réalisions une fusion entre égaux"."Le jour où une opportunité se présentera, nous aborderons ce sujet exactement comme nous avons abordé la création de BNP Paribas. Le mariage avec une autre banque européenne, cela veut dire la création d'une nouvelle entreprise. Nous n'accepterions en aucun cas d'être absorbés, et il n'y a pas de partenaire de taille comparable désirant être absorbé par BNP Paribas", déclarait encore Michel Pébereau dans les colonnes de la Tribune au début de l'année. La place du groupe dans un mouvement de consolidation européen constitue aujourd'hui la préoccupation la plus vivace des observateurs."Nous pensons qu'il n'y aura pas, à court terme, de vague de consolidation trans-frontière. Tout simplement parce qu'il existe encore trop de différences en termes de réglementations, de produits... Mais la consolidation reste dans le sens de l'Histoire", affirmait Christophe Ricetti, analyste chez CDC Ixis, dans les colonnes de la Tribune en mai dernier (lire ci-contre). Chez Aurel Leven, les experts ne disent pas autre chose: "la consolidation européenne n'est plus un choix mais une nécessité". Le mouvement est inéluctable d'une part parce que l'unité monétaire de la zone euro le favorise, et d'autre part parce que les banques européennes sont encore trop petites par rapport aux géants américains. Le Wall Street Journal estime ainsi que BNP Paribas a l'ambition de devenir un "équivalent de Citigroup en Europe". Le groupe de Michel Pébereau est ainsi donné favori dans le mouvement de consolidation pour plusieurs raisons. D'une part, il est mainteant le seul Français a avoir une expérience de la fusion à cette échelle. D'autre part, les autres établissements de l'Hexagone ont chacun des difficultés propres qui les empêchent de se poser en prédateur. Société Générale, qui a perdu la bataille pour Paribas face à BNP, semble avoir du mal à contrôler ses charges dans la banque de détail et la gestion d'actifs. Les marchés évoquent par ailleurs régulièrement une fusion BNP Paribas-SG, qui ferait de la Générale une proie, et non un prédateur. Le Crédit Lyonnais ne dispose pas de réelles marges de manoeuvre en termes de croissance externe tant que les incertitudes sur la composition de son capital ne seront pas levées. Enfin le Crédit Agricole, qui fait ses premiers pas en Bourse, ne semble pas en mesure de relever le défi, tant par sa structure décentralisée que par sa philosophie même: le management de la "Banque verte" privilégie en effet une stratégie de partenariats et ne croit pas à des fusions paneuropéennes dans l'immédiat. ValorisationLa morosité boursière après la bulle spéculative de 1999-2000 a favorisé les établissements moins engagés sur les marchés de capitaux, réhabilitant du même coup les banques qui présentaient un mix de leurs activités. Avec une décote ramenée désormais à 10-12% par rapport à la moyenne du secteur européen (PE 2003 de 12,5), les analystes estiment que le potentiel de hausse des valeurs bancaires françaises est maintenant limité. Sauf pour BNP Paribas, dont l'action se traitait en mai avec un PE 2003 de 10,5, bien inférieur à celui d'un Crédit Lyonnais (14,8) ou d'une Société Générale (11,3). Le mouvement de consolidation européen tant attendu constituera le prochain relais de croissance du secteur ainsi que le principal moteur de la hausse des titres. Ce sera surtout le prochain défi à relever pour BNP Paribas.Pierre de BeauvilléLa banque française la plus rentableCapitalisation boursière : 50,1 milliards d'eurosProduit net bancaire en 2001 (CA): 17,4 milliards d'euros Résultat net part du groupe 2001 : 4 milliards d'eurosRentabilité des capitaux après impôt: 18,2%Dépôts clientèle en 2001 : 261 milliards d'eurosEffectifs en 2001 : 80.000 personne

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