Aux armes, actionnaires !

Davantage d'administrateurs indépendants dans les conseils: telle est la principale mesure recommandée par le rapport Bouton sur le gouvernement d'entreprise. Tenter d'en finir avec le "capitalisme de la barbichette" et de la connivence est sans doute une intention louable, mais cela paraît un peu court au regard de l'enjeu, mis cruellement à nu par le scandale Enron aux Etats-Unis et les dysfonctionnements qui ont abouti à la débâcle boursière Vivendi Universal dans l'Hexagone.Et le président du premier fonds de pension américain Calpers, le très écouté Bill Crist, déplore lui-même que ce rapport se soit contenté de réfléchir au fonctionnement du conseil d'administration et fasse l'impasse sur une dimension majeure de la "gouvernance", l'assemblée générale des actionnaires. Or l'AG est le lieu unique d'expression de la "démocratie" actionnariale, rendez-vous annuel très attendu pour écouter la bonne parole du PDG, le féliciter ou le conspuer, et surtout voter. Les Cassandre rétorqueront que les actionnaires peuvent toujours "voter avec leurs pieds" et vendre, quitte à se "couper un bras" comme disent les vieux boursiers, c'est-à-dire encaisser une méchante moins-value. Reste qu'un PDG et un conseil d'administration doivent rendre des comptes, une fois par an, point trop n'en faut, mais que ces grands messes que sont les AG tournent souvent à la mascarade. Parce que les dés peuvent être pipés, le PDG disposant souvent déjà de la majorité des droits de vote grâce aux bulletins par correspondance et aux pouvoirs en blanc. Mais les associations d'actionnaires minoritaires ont bien l'intention de mobiliser l'armée silencieuse des petits porteurs en colère pour obtenir une loi allant plus loin que les simples mesures d'autodiscipline prônées par le rapport Bouton. La passionaria de l'Adam, Colette Neuville, réclame notamment la simplification des formalités de vote et des délais de vote, et que les associations puissent devenir de vrais contre-pouvoirs. Gageons que le gouvernement, au pied du mur dans l'affaire France Télécom où la responsabilité de l'Etat actionnaire est sérieusement mise en cause, saura prêter une oreille attentive à ces réclamations...

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