Bernard Brunhes : "Le marché français du travail ne fonctionne pas"

latribune.fr - Quelles réactions vous inspirent les chiffres du chômage ?Bernard Brunhes - Cela fait vingt mois que cela dure, la courbe a commencé à monter au printemps 2001 et cela correspond très étroitement à l'affaiblissement de la croissance. Il serait donc injuste d'imputer cette dégradation à un gouvernement ou l'autre. Si l'on s'intéresse à la hausse récente des chiffres du chômage, on s'aperçoit que la dégradation du marché du travail n'est pas due aux plans sociaux et à une augmentation des licenciements. En fait, il y a un ralentissement des créations d'emplois qui rend plus complexe l'accès au marché du travail. Les principales victimes de cette situation sont les jeunes hommes de moins de 25 ans.La vague actuelle de plans sociaux et de fermetures de sites vous semble-t-elle inhabituelle ?Tout ce que l'on peut affirmer, c'est que la période actuelle est plus favorable à l'annonce de telles mesures. Il y a quelques mois, nous étions en pleine campagne électorale et durant ces phases de la vie politique, les annonces de ce genre sont moins fréquentes. Deuxièmement, le début d'année correspond aux publications de leurs résultats annuels par les entreprises. Exercice qui se double parfois de l'annonce de restructurations. Enfin, l'arrivée du gouvernement Raffarin, son discours libéral, a sans doute produit des effets psychologiques chez les chefs d'entreprises, levant certaines inhibitions par rapport aux suppressions d'emplois. Le gouvernement doit-il et peut-il faire quelque chose ?Aujourd'hui, on a épuisé toutes les solutions à court terme et je crois qu'on ne devrait plus poser la question en ces termes. Si on a un fort chômage en France, c'est parce que le marché du travail ne fonctionne pas. Il est nécessaire de procéder à des réformes structurelles. Il faudrait ainsi une gestion différente des licenciements, une organisation différente du service public de l'emploi (ANPE, Assedic...) et de la formation, mettre en oeuvre des vraies politiques régionales ou locales d'emploi, faire agir ensemble ANPE, sociétés d'intérim et cabinets de recrutement... Toutes ces mesures pourraient permettre de préparer les deux à trois ans à venir. Au lieu de cela, nous avons un système extrêmement inefficace institutionnellement et un code du travail qui ne favorise pas la négociation.Pensez-vous que cette dégradation de l'emploi puisse parasiter le débat sur les retraites ?Cela va sans doute rendre plus compliquée l'explication de la réforme par les pouvoirs publics. En effet, le paradoxe français du nombre très important des départs en pré-retraites va s'aggraver. Car c'est l'un des dispositifs les moins douloureux pour faire quitter une entreprise à un salarié mais c'est tout à fait contradictoire avec l'idée de retarder l'âge de départ à la retraite.

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