Le problème de la Grande-Bretagne, "c'est de faire évoluer l'opinion britannique en faveur de l'Europe en général"

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latribune.fr.- La Grande-Bretagne a décidé hier une fois de plus de ne rien décider sur son adhésion à l'euro. Serait-elle donc incapable de prendre une position ferme sur cette question ?Sir John Holmes.- Je ne crois pas. Le message d'hier est relativement positif. Le gouvernement a expliqué de façon beaucoup plus claire qu'auparavant tous les avantages d'une adhésion pour la Grande-Bretagne, en matière de commerce, d'emploi, etc... Il se trouve que les conditions économiques pour réussir une adhésion à l'euro ne sont pas encore réunies, d'où le report de la décision. Mais la question, c'est clairement de savoir "quand" aura lieu l'adhésion, et non pas "si" elle aura lieu. Et l'éventualité d'un référendum sur le sujet en 2004 reste possible.Puisque le gouvernement britannique se dit désormais convaincu des bienfaits d'une entrée dans l'euro, pourquoi ne pas avoir annoncé un calendrier précis pour ce processus ?Dès l'instant où l'on adopte une démarche fondée sur la démonstration d'avantages économiques clairs, il n'est pas possible de déterminer le calendrier à l'avance. N'oubliez-pas un autre point très positif des déclarations d'hier : l'annonce de mesures d'adaptation de l'économie britannique, notamment dans le secteur immobilier qui est très sensible aux mouvements de taux d'intérêt. Tout cela prend du temps. Donc, il est vrai que nous n'avons pas de calendrier, mais la porte est ouverte.Quel va être le coût pour la Grande-Bretagne de ces atermoiements en termes de perte d'influence dans l'Union européenne ?A court terme, le coût sera faible ou non existant. A condition que nos partenaires croient à la perspective de notre adhésion assez rapide à l'euro. Si nous annoncions que nous n'adhérerons jamais, ou pas avant dix ans, ce serait autre chose...Les sondages montrent que les Britanniques sont majoritairement contre l'euro, mais croient également dans leur majorité que la Grande-Bretagne va y entrer dans quelques années. Comment expliquer cette contradiction ?Il faut se méfier un peu des sondages. Il est vrai qu'il y a une partie de la population hostile à l'euro, et une partie favorable. Mais il y a surtout sans doute la moitié de gens qui hésitent. Il ne faut pas oublier que jusqu'ici, on n'a pas lancé de grande campagne en faveur de l'euro. Quand cela arrivera, les opinions peuvent changer vite. Par ailleurs, il y a une certaine perception sur le caractère inévitable de cette entrée dans l'euro : la monnaie européenne existe, elle fonctionne correctement dans douze pays et elle facilite la vie des gens qui l'utilisent. Les Britanniques s'en rendent compte.Comment se fait-il que, comme vous le soulignez-vous même, Tony Blair, qui est le Premier ministre britannique le plus europhile depuis de nombreuses années, n'ait jamais lancé une telle campagne en faveur de l'euro ?Parce qu'il faut garder cela pour le référendum. La question, c'est de faire évoluer l'opinion britannique en faveur de l'Europe en général, pas de l'euro, qui en est un élément. Et le gouvernement fait campagne en faveur de l'Europe. On ne lancera une campagne sur l'euro que quand le référendum aura été décidé.Tout au long de la construction européenne, la Grande-Bretagne a toujours été contre au début, avant de se rallier en définitive : c'est ce qui s'est passé avec le Marché commun, avec le SME, etc... Sommes-nous aujourd'hui dans le même cas de figure ?Nous essayons d'éviter le schéma habituel, où nous ratons les trains pour les rattraper plus tard. Avec l'euro, il y a une difficulté particulière qui tient au décalage des économies. D'où le besoin de réformes structurelles. Tony Blair reste le Premier ministre le plus européen depuis les années 1970. Il veut que la Grande-Bretagne reste au coeur de l'Europe. Et dans les travaux en cours de la Convention présidée par Valéry Giscard d'Estaing, la Grande-Bretagne a adopté une position beaucoup plus positive que dans le passé. Mais nous voulons également que le processus de réformes continue dans le reste de l'Europe : c'est très important pour que nous puissions nous joindre à la monnaie unique.

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