La France tente de convaincre ses partenaires de la zone euro

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C'est une soirée délicate qu'a connue Francis Mer, le ministre français des Finances, hier soir à Luxembourg. Au cours d'une longue réunion avec ses homologues de la zone euro, il a tenté de les convaincre de la bonne volonté de la France dans ses efforts pour maîtriser la dérive de ses déficits publics. Mais les arguments du ministre ont, semble-t-il, trouvé quelque écho auprès de ses interlocuteurs."Nous sommes toujours attachés aux principes du Pacte de stabilité, mais nous traversons une situation conjoncturelle tellement dégradée que nous ne pouvons aller plus vite dans la maîtrise de nos déficits" : telle est en substance la ligne de défense présentée par Francis Mer aux ministres des Finances de la zone euro hier soir. Des arguments qui s'appuient sur les dernières informations donnant à penser que la France a sans doute basculé dans la récession au troisième trimestre de l'année. Hier, d'ailleurs, lors de son voyage à Moscou, le Premier ministre Jean-Pierre Raffarin a évoqué pour la première fois le "contexte récessif" que connaît actuellement notre pays (lire ci-contre). Cette analyse n'a pas laissé les interlocuteurs de Francis Mer indifférent. Le commissaire européen aux Affaires économiques, Pedro Solbes, grand pourfendeur du laxisme français, a de fait reconnu que "le contexte économique et les perspectives aujourd'hui sont clairement moins bonnes que celles de juin dernier", lorsque les ministres de l'Union avaient adressé une recommandation à Paris. Une façon, en quelque sorte, d'accorder implicitement des circonstances atténuantes à la France. "Le projet de budget français pour 2004 est un bon pas en avant", a aussi affirmé le commissaire, tout en ajoutant aussitôt que "ce n'est complet" et que la France "doit faire davantage".Le ministre français, de son côté, a estimé, avec un peu de provocation, que la Commission européenne avait "certainement beaucoup appris" lors de cette réunion et qu'elle allait procéder à des échanges avec les autorités françaises au cours des prochains jours sur le problème posé par le non-respect par la France du pacte de stabilité. Le projet de loi de finances pour 2004 prévoit en effet un déficit qui dépassera pour la troisième année consécutive le plafond de 3% prévu par le Pacte de stabilité et de croissance, avec un objectif fixé à 3,6% du PIB (après 4% cette année et 3,1% en 2002). "Je ne sais pas si j'ai convaincu mes collègues", a cependant lancé Francis Mer, qui a mis l'accent sur la nécessité de trouver une solution politique en soulignant l'interdépendance des économies européennes. Plusieurs de ses homologues ont cependant manifesté leur compréhension pour les problèmes de la France. Hans Eichel, le ministre allemand des Finances, avait ainsi déclaré, avant la réunion, que la France et l'Allemagne ont fait "tout ce qu'elles pouvaient pour évoluer dans le cadre du pacte de stabilité", mais elles ne peuvent pas grand-chose "si la croissance ne démarre pas". Et lundi soir, il a plaidé en faveur de la France en réclamant plus de "flexibilité" pour la mise en oeuvre du pacte. De même, le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker a estimé que la situation française est une exception, du fait de la difficulté à mettre en oeuvre "certaines réformes sociales" dans notre pays. Et même l'Espagne, habituellement critique à l'égard de Paris, s'est montrée plus conciliante, tandis que l'Autriche, les Pays Bas et la Finlande sont restés sur leur position sévère vis-à-vis des autorités françaises.La réunion de Luxembourg se poursuit aujourd'hui avec l'ensemble des ministres des Finances de l'Union européenne. Mais en tout état de cause, et même si les interlocuteurs de Francis Mer se sont montrés un peu plus réceptifs, hier soir, à ses arguments, le processus engagé contre la France continue. Prochaine étape : la Commission européenne constatera le 8 octobre que la France n'a pas respecté la recommandation de juin dernier lui demandant de ramener son déficit budgétaire en dessous de 3% du PIB dés 2004. Elle doit ensuite, le 15 ou le 21 octobre, adopter une nouvelle recommandation, qui sera soumise début novembre à la délibération des ministres des Quinze.

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