Fais-moi peur ...

 |  | 467 mots
Lecture 2 min.
Question à 1.000 euros : comment chasser le spectre de la guerre et d'une aggravation de la récession, alors qu'aucune bonne nouvelle ne permet de se réjouir ? Réponse: en trouvant un autre objet d'affolement. Craindre le pire, donc, dans l'espoir inavoué de pousser un soupir de soulagement plus tard. La Bourse de Paris, déjà traumatisée la semaine passée par le scandale Ahold, a vécu sous ce règne de la terreur toute la semaine. Deux exemples caricaturaux illustrent parfaitement le phénomène, dans deux secteurs aux antipodes : Suez, dans les services collectifs, et Havas, dans la publicité. Les cours des deux sociétés se sont littéralement effondrés à la veille de leurs résultats annuels sur fond de folles rumeurs... Alors même que Gérard Mestrallet, comme Alain de Pouzilhac, les avaient déjà annoncés dans les grandes lignes quelques semaines plus tôt. Pourquoi une telle anxiété ? Parce que le marché, échaudé par une volée de mauvaises surprises, préfère anticiper le plus épouvantable ! Aussi, quand les deux groupes présentent des résultats complètement conformes à ceux qui avaient été indiqués et en plein dans le mille du consensus, l'action s'envole pour effacer la baisse de la veille... mais pas l'intégralité du plongeon. Les cours conservent les stigmates de ce petit jeu dangereux : tout ne rentre pas vraiment dans l'ordre car la confiance dans la valeur, voire dans le management, a été sapée. Cette "politique du pire" ne bénéficie en réalité qu'à leurs initiateurs - les fonds d'arbitrage vendeurs à découvert - et entretient la spirale baissière dans laquelle semble s'enfoncer le marché, dans une volatilité extrême mais des volumes faméliques. Mais il est un groupe à part qui ne cessera de prendre le marché de court, c'est Vivendi Universal, qui a imposé un nouveau jeu. Tous les experts bouillaient de savoir qui, de Viacom, Marvin Davis, Barry Diller ou quelques autres, hériterait des actifs américains de VU... Las ! Jean-René Fourtou ne pipa mot sur le sujet, mais gagna haut la main le concours de la plus monumentale perte réalisée par une entreprise française, 23 milliards d'euros ! Qui dit mieux ? Record de France Télécom battu. Mais l'opérateur, lui, avait déjà annoncé la couleur. Alors que tous les PDG du CAC 40 sont tétanisés à l'idée d'annoncer de mauvaises nouvelles à un marché hyper nerveux, Jean-René Fourtou, pauvre en cash mais riche en culot, se paie le luxe de charger la barque au maximum, d'annoncer, jovial, ce trou encore plus titanesque que prévu, et de réveiller les craintes d'une nouvelle crise de liquidités. Le pire n'est jamais sûr, mais il est peut-être à venir...

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :