L'euro s'offre une incursion au-dessus de 1,18 dollar

Après une pause, le billet vert reprend sa glissade vis à vis de l'euro. La monnaie européenne a fait en fin de matinée vendredi une incursion au-dessus de son niveau d'introduction de janvier 1999, touchant 1,1809 dollar avant de se replier. En fin d'après-midi, un euro s'échangeait contre 1,1785 dollar, soit une hausse de 12,25% depuis le début de l'année. Cette poussée de fièvre met à mal les indices européens sur les marchés d'actions. Vers 17h30, le CAC 40 et l'Euro Stoxx 50 cédaient respectivement 0,21% et 0,60%. L'appréciation continue de la monnaie européenne et ses conséquences pour les parts de marché et/ou les marges des exportateurs européens avivent les craintes des investisseurs. Le discours rassurant de la fédération des banques européennes hier, affirmant qu'entre 1,15 et 1,20 dollar l'euro est encore à sa juste valeur, n'a guère de prise sur les marchés. C'est d'autant plus vrai que dans la majorité des scénarios économiques, les experts tablent sur une dérive plus prononcée du dollar dans les mois qui viennent. C'est le cas notamment de Véronique Riches-Flores, chef économiste Europe au sein de la banque d'investissement de la Société Générale, qui envisage "une décrue supplémentaire du dollar jusqu'à 1,25 contre l'euro dans les prochains mois, la zone de risque qui pourrait ponctuellement être testée semblant se trouver, selon cette approche, aux alentours de 1,30-1,35". De telles perspectives sont bien évidemment préoccupantes pour la croissance dans la zone euro. Et ce, même si certains gouvernements s'en défendent. Outre-Rhin, les pouvoirs publics ont beau réaffirmer vendredi "qu'il n'y a pas de raison d'être inquiet du niveau de l'euro", l'appréciation de la monnaie européenne a un impact sur l'activité. L'évaluation de ce coût est variable. Selon les économistes de l'OCDE, une hausse de 10% du taux de change effectif de l'euro - c'est-à-dire par rapport à toutes les monnaies - ampute la croissance de la zone de 0,6 point de PIB au bout d'un an.Les raisons de la hausse de l'euro ne peuvent s'expliquer par les fondamentaux de l'économie européenne. Si la France a échappé à la récession au premier trimestre, ce n'est pas le cas de l'Allemagne ou des Pays-Bas. Certes, le différentiel des taux d'intérêt joue un rôle dans cette désaffection du dollar, mais il est également clair qu'actuellement les Etats-Unis sont engagés dans une stratégie de fabrication de croissance interne: l'abandon - même non officiel - de la politique du dollar fort vient s'ajouter à la baisse du loyer de l'argent, aux réductions d'impôts et à l'accroissement du déficit budgétaire.Dans ce contexte, il apparaît de plus en plus probable que la Banque centrale européenne devrait assouplir sa politique monétaire au mois de juin. La hausse de l'euro, constituant un excellent rempart contre l'inflation importée, permet à l'institut de Francfort d'envisager une baisse des taux d'intérêt. Cet assouplissement constituerait un appel d'air bienvenu pour les entreprises européennes, mais sera-t-il suffisant pour éviter la récession ? Certains en doutent, d'autant que se profile aux yeux des plus pessimistes le spectre de la déflation. Dans une étude récente, l'Institut national pour la recherche économique et sociale (NIESR), un institut britannique, montre que si l'euro s'apprécie de plus de 20% supplémentaires, il y a deux chances sur trois pour que la zone euro se retrouve aux prises avec ce fléau dont le Japon ne parvient pas à se dépêtrer.
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