Léger changement de ton à la BCE face à l'envolée de l'euro

L'envolée de l'euro commencerait-elle à inquiéter la Banque centrale européenne? Jusque là plutôt indifférente, à l'image de son chef économiste Otmar Issing qui hier encore se disait "peu préoccupé" par la vigueur de la devise européenne en soulignant que l'euro évoluait actuellement au niveau de sa moyenne de long terme, la BCE adopte aujourd'hui une position un peu moins passive. Et c'est le capitaine du navire, le gouverneur de la BCE Jean-Claude Trichet, qui monte en première ligne.Dans un entretien accordé au Wall Street Journal, le patron de la BCE, même s'il s'est refusé à commenter précisément l'appréciation de l'euro qui a dépassé hier soir le seuil de 1,24 dollar, a laissé entendre aux marchés que la banque centrale pourraient bien ne pas rester les bras croisées. "Les interventions des banques centrales sont toujours possibles", a-t-il lâché, faisant même ce qui ressemble fort à un appel du pied aux autorités américaines. Jean-Claude Trichet a dit en effet se réjouir du fait que "nous poursuivions, non seulement de notre côté, mais des deux côtés de l'Atlantique, des stratégies à long terme visant à assurer la force et la stabilité des devises". Ces commentaires paraissent appeler Washington à ne pas laisser chuter le billet vert trop fortement. Ces propos auront peut-être le mérite de faire taire la rumeur qui a agité le marché des changes durant toute la journée d'hier et propulsé l'euro sur de nouveaux plus hauts: les cambistes répétaient à tout va que la BCE ne serait pas prête à intervenir sur le marché des changes pour stopper la tendance de l'euro avant un niveau de 1,35 dollar. Au moins temporairement, l'objectif semble avoir été atteint. Vers 16 heures, l'euro valait 1,2363 euro après avoir inscrit un nouveau record historique dans la matinée à 1,2437 dollar, la huitième hausse consécutive de l'indice Ifo en Allemagne ayant dopé momentanément les cours. Pourquoi ce seuil fatidique de 1,35 dollar ? Dans une note publiée en fin de journée hier, l'équipe de CDC Ixis rappelle qu'en août 1995 les banques centrales étaient intervenues de manière concertée pour enrayer la chute du dollar lorsqu'une parité correspondant à un euro pour 1,34 dollar avait été atteinte. Cependant, les rédacteurs de cette note relèvent que la situation économique actuelle n'est pas celle de 1995. Les Américains n'ont pas aujourd'hui d'intérêt majeur à une hausse du dollar s'ils veulent pouvoir résorber leur déficit courant.D'ores et déjà, certains responsables politiques européens se sont alarmés de la chute du billet vert. Avec un euro à 1,30 dollar en ligne de mire, c'est l'ensemble de la reprise économique dans la zone euro qui pourrait avorter. Exportations menacées, marges réduites: les entreprises européennes pourraient être contraintes d'ajuster leurs effectifs pour préserver leur équilibre. Conscient de ce risque pour l'emploi et la croissance, le Premier ministre français a ainsi averti cette semaine "qu'il y avait des limites à ne pas franchir" concernant la baisse du dollar. Jean-Pierre Raffarin a même appelé la BCE à réduire les taux d'intérêt. Le locataire de Matignon n'a aucune envie de voir la reprise annoncée (lire ci-contre) se transformer en un mirage vite dissipé.

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