L'Europe tente d'adopter une position commune sur l'Irak

C'est en ordre dispersé que les Européens se retrouvent aujourd'hui à Bruxelles pour un sommet extraordinaire consacré à la crise irakienne. La Grèce, président de l'Union, a bataillé ferme pour organiser cette rencontre car certains Etats jugeaient peu opportun que les Quinze affichent une fois de plus leurs profondes divergences.Les différences dans l'approche de la crise ont été soulignées par les événements de la fin de la semaine. Vendredi, à l'ONU, la présentation du rapport des chefs des inspecteurs en désarmement a plutôt mis l'accent sur la coopération de l'Irak et la nécessité de poursuivre les inspections. Véritable camouflet pour les partisans d'un recours à la force - la Grande-Bretagne et l'Espagne -, le rapport a apporté de l'eau au moulin des défenseurs de la paix, et en premier lieu la France. Dominique de Villepin, le ministre des Affaires étrangères français, très applaudi après son discours, a rappelé "son opposition à une "guerre prématurée" et a, une nouvelle fois, donné "la priorité au désarmement dans la paix". Chefs de file du "camp de la paix", le président français Jacques Chirac et le chancelier allemand Gerhard Schroeder arrivent renforcés à Bruxelles, après les manifestations monstres du week-end en Europe et dans le reste du monde contre une guerre en Irak. En effet, samedi 15 février, quelque dix millions de personnes se sont mobilisées contre la guerre en Irak sur les cinq continents. Environ 200.000 personnes sont descendues dans la rue à Paris et, au total, un demi million de manifestants ont battu le pavé en France. A Londres, 750.000 opposants à la guerre ont défilé tandis que dans toute l'Espagne, 4 millions de personnes protestaient contre la politique pro-américaine menée par le Parti populaire de José Aznar, au pouvoir. Même situation à Rome, où une manifestation a réuni environ un million de personnes opposées à la guerre et à la politique pro-américaine de Silvio Berlusconi.L'ampleur exceptionnelle des manifestations constitue un désaveu pour les dirigeants euorpéens qui soutiennent la politique américaine. Aussi, samedi, Tony Blair, le premier ministre britannique, a finalement mis de l'eau dans son vin. Il a pris acte du rapport des inspecteurs de l'ONU et admis, à contre-coeur, qu'il leur fallait plus de temps pour poursuivre leurs inspections. Après des semaines d'échanges acrimonieux, les chefs d'Etat et de gouvernement des Quinze qui se retrouvent aujourd'hui, chercheront à éviter un affrontement ouvert. Mais ils risquent d'être réduits à s'entendre, au mieux, sur une déclaration commune minimaliste. "Il faut trouver une formule qui nous permette de passer la journée", résumait un diplomate à la veille de la rencontre. Lundi, peu avant le début du sommet de Bruxelles, le président français a réaffirmé que la France ne pouvait "que s'opposer à une deuxième résolution" de l'ONU, préconisée par la Grande-Bretagne. "Nous sommes engagés par la résolution 1441 sur la vie d'un désarmement par le biais de inspecteurs qui seuls peuvent arrêter ce processus" a ajouté Jacques Chirac. Les Européens échapperont au moins à un autre sujet explosif qui risquait de s'inviter au sommet : après une semaine de crise, l'Otan est parvenu, in extremis, dimanche soir à un compromis sur des mesures de protection de la Turquie en cas de guerre en Irak. Au final, les Quinze pourraient réaffirmer ensemble la prééminence de l'Onu dans un règlement de la crise. Mais aucun terrain d'entente ne paraît possible sur les vrais enjeux diplomatiques du moment, comme l'adoption d'une seconde résolution ou l'opportunité de fixer une date-butoir aux inspections en Irak. Sur le marché du pétrole, ce nouveau répit, qui va dans le sens de la France et des pays défavorables à une intervention militaire, s'est traduite par une détente des cours à Londres. Lundi, le baril de Brent - pour livraison en avril - s'échangeait à 32,06 dollars en fin d'après-midi, après avoir clôturé à 32,50 dollars vendredi. A la veille du week-end, sur le marché new yorkais, le cours du baril de référence s'était établi à son plus haut niveau depuis le 20 septembre, à 36,80 dollars, progressant de 44 cents. Les marchés étaient fermés aux Etas-Unis, lundi étant jour férié.

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