La BCE au secours de la croissance européenne ?

Du point de vue de la majorité des économistes, l'affaire est dans le sac: la Banque centrale européenne (BCE) devrait baisser le loyer de l'argent dès demain à l'occasion de la réunion de son conseil des gouverneurs. Le dilemme des gardiens de l'euro se résumerait donc à décider de l'ampleur de cet assouplissement de la politique monétaire.De fait, entre le 6 février dernier, date à laquelle la BCE avait choisi de laisser inchangé son principal taux directeur à 2,75%, et aujourd'hui, les indicateurs macro-économiques n'ont guère été encourageants pour la zone euro. Au point que lors de la dernière réunion du G7 les 21 et 22 février, Wim Duisenberg a été contraint d'admettre que la croissance dans la zone euro ne devrait pas, contrairement à ce qui avait été initialement prévu, revenir vers son taux de croissance potentiel (estimé entre 2 et 2,5%) en 2003. Depuis cet aveu largement interprété comme un feu vert à une prochaine baisse des taux, la conjoncture ne s'est pas redressée dans la zone euro. Le chômage a progressé pour s'établit à 8,6% en janvier, touchant 12 millions de personnes, et le moral des consommateurs en pâtit. La dernière enquête de l'Insee menée en France témoigne de ce phénomène qui évidemment fait peser des risques sur la consommation (lire ci-contre).Quant aux entreprises, "elles reportent dans le futur les plans d'investissement, en même temps qu'elles reprennent ou poursuivent l'ajustement de leurs coûts", soulignent les économistes du Crédit Lyonnais dans la publication de mars de leur Scénario de prévisions économiques. Selon eux, aucun doute, le principe d'une baisse des taux est "acté" et ils pronostiquent une réduction de 25 points de base jeudi. Ils estiment en outre possible une autre baisse de même ampleur "au lendemain des opérations militaires" en Irak. D'autres experts ont une position encore plus radicale. C'est le cas d'Aline Goupil-Raguenes, économiste chez Banque Populaire Asset Management, pour qui les commentaires des responsables de la BCE lors du G7 "ouvrent la voie à une baisse des taux directeurs de 50 points de base, à 2,25%, lors de cette réunion". Pressée de tous côtés de restaurer la confiance, la BCE se trouve donc contrainte d'agir alors même que certains facteurs pourraient l'inciter à repousser sa décision. D'une part, il y a l'envolée des prix du pétrole - le cours du baril de Brent évolue actuellement autour de 32 dollars - qui dope l'inflation et la maintient au-dessus de la limite de 2% fixée par la BCE (2,2% en janvier). Mais pour Aline Goupil-Raguennes, la faiblesse de la croissance dans la zone euro devrait "permettre de diminuer les pressions inflationnistes et se traduire par une stabilisation de l'inflation sous la cible de 2% au cours de l'année". D'autre part, les dérapages budgétaires enregistrés en 2002 au sein des deux premières économies de la zone, à savoir l'Allemagne et la France, irritent considérablement les gardiens de l'euro. Ces derniers craignent de surcroît que ces débordements se poursuivent cette année et ils ne voudraient pas que leur éventuelle décision de baisser les taux demain soit comprise comme une bénédiction à ces dérapages des finances publiques. Mais ne vaut-il pas mieux être accusé de manquer à la stricte orthodoxie monétaire, plutôt que de devoir porter la responsabilité de la récession dans la zone euro?

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