"Nos signaux sont encore à l'achat sur les actions"

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latribune.fr- Selon votre dernière étude, la volatilité s'est fortement réduite sur les marchés d'actions, favorisant le retour des investisseurs. Quelles sont les principales raisons de cette baisse de volatilité ?Alain Bokobza- Elle tient à trois principaux facteurs. On peut d'abord évoquer la reprise économique aux Etats-Unis et l'accélération progressive en Europe, avec des risques de déflation qui s'éloignent. La rentabilité des entreprises, restée élevée grâce aux réductions de coûts, a également joué un rôle. Enfin, la thématique du désendettement dans les entreprises a permis de réduire les risques.La notion de risque est un critère important dans vos modèles. Le climat économique s'améliorant, se dirige-t-on vers une prise de risque plus importante de la part des investisseurs ?Le mouvement a déjà eu lieu ces derniers mois. Les secteurs (assurance ou encore technologies) qui se sont le mieux repris ont profité des réallocations opérées par les gérants en direction des segments offrant un profil de risque plus élevé. Par exemple, l'assurance, qui affiche un beta* de 1,64, a gagné près de 60% depuis ses plus bas de l'année. Aujourd'hui, le mouvement arrive à maturité. Je serai donc moins agressif. L'approche du beta n'est plus suffisante. Il faut se tourner vers des critères plus fondamentaux, comme le potentiel de croissance des résultats.Quels sont alors vos secteurs privilégiés ?Les valeurs cycliques de consommation (tels le luxe et l'automobile) gardent un potentiel. Nos modèles font en effet apparaître que les cycliques surperforment les valeurs défensives lorsque la prime de risque tend à diminuer. Nous aimons aussi les banques. Le coût du risque s'améliore pour toutes les banques des pays développés, y compris pour le Japon et l'Allemagne. Nous sommes plus réservés sur la pharmacie, même si les valorisations sont raisonnables surtout en Europe. Les Etats font pression sur les prix, la concurrence des génériques pèse sur la rentabilité et peu de nouveaux produits sont développés. Bref, après les 12% affichés en moyenne ces dernières années, la croissance bénéficiaire du secteur devrait désormais se situer entre 5 et 10%. Nous sommes également neutres sur les services collectifs. Mais leur cas est intéressant. Ils offrent une protection naturelle à la baisse du dollar et une bonne capacité de désinvestissement pour alléger leur bilan. En revanche, nous sommes négatifs sur le secteur pétrolier. Les valorisations sont historiquement élevées et nous avons remarqué que les perspectives de bénéfices dépendent essentiellement de l'évolution des prix du pétrole. Or, nous anticipons une baisse du prix du baril.Et quel regard portez-vous sur l'assurance et les technologies, qui se sont déjà bien redressées en Bourse?Après le rattrapage effectué par les assurances, nous sommes maintenant neutres sur le secteur. Mais l'assurance est encore en dessous de ses normes historiques si l'on compare les prix aux actifs nets réévalués. Paradoxalement, l'assurance va profiter de la reprise des taux. Les taux bas ont en effet pesé sur la rentabilité des assureurs compte tenu du poids croissant dans leur activité des contrats d'assurance-vie (deux tiers des primes) offrant des rendements garantis. Une hausse des taux (comme nous l'anticipons) devrait donc apporter un peu de carburant aux assureurs en vue de la restauration de leur rentabilité. Mais ce ne sera bien sûr pas le seul facteur à regarder.Concernant la technologie, si l'on prend l'exemple du Nasdaq, on s'aperçoit que l'indice suit de près l'évolution des dépenses d'investissement. Un phénomène qui explique d'ailleurs sa récente poussée. Ceci étant, notre théorie est que la hausse des investissements ne va pas forcément se poursuivre. Il pourrait donc y avoir une consolidation à court terme.Vous mettez également en évidence la faiblesse du marché primaire (introductions, augmentations de capital...) sur le Nasdaq malgré un afflux de capitaux, d'où des craintes de "goulot d'étranglement". Néanmoins, le climat plus favorable ne va-t-il pas inciter les entreprises de technologies à se tourner de nouveau vers le marché primaire ?Il est vrai que les perspectives du secteur s'éclaircissent quelque peu. SAP en a donné un exemple ces derniers jours. Mais les entreprises de technologies n'ont pas aujourd'hui besoin de capitaux. Elles ne devraient donc pas faire appel aux investisseurs. Ce qui n'est pas le cas pour le marché en général où le primaire revient en force.Pour conclure, que peut-on attendre des grands indices dans les mois à venir ?Nos signaux sont encore à l'achat sur les actions bien que nous soyons moins agressifs qu'il y a quelques mois. Si pour le Nasdaq, on vient de le souligner, nous n'excluons pas une légère consolidation, du côté des indices européens, nous voyons le Stoxx 50 à 2.800 points et le CAC 40 à 3.600 points.Propos recueillis par Olivier Decarre*beta : ce coefficient mesure la sensibilité d'une action à une variation du marché. Par exemple, si le marché monte de 2%, une valeur affichant un beta de 1,5 gagnera 3% par le seul effet de la hausse du marché. Une valeur de beta supérieur à 1 amplifie les mouvements de marché. Et une valeur à beta inférieur à 1 amortit ces mouvements.

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