"Il n'existe pas de risque de procès à court terme sur l'obésité pour les industriels de l'agroalimentaire"

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latribune.fr: Quels sont les risques liés au phénomène d'obésité sur les sociétés agroalimentaires ?Sylvain Massot: Le premier risque, et le plus fort médiatiquement, est le risque légal. Aujourd'hui, les avocats qui s'étaient occupés des grands procès sur le tabac se focalisent à présent sur les firmes agroalimentaires. Si nous croyons qu'il y aura bel et bien des procès, nous pensons également que les conditions ne sont pas réunies pour mener à des condamnations. Pourquoi ? D'abord parce que le lien de causalité n'est pas encore prouvé. Il est difficile de démontrer que ce sont les hamburgers mangés spécifiquement chez MacDonald qui sont la cause de l'obésité d'une personne. Deuxième raison : l'industrie agroalimentaire n'a pas induit ouvertement en erreur les consommateurs comme cela a été le cas pour le tabac. Enfin, nos études réalisées auprès des populations européennes et américaines ont montré que cette industrie demeurait populaire. Ce n'était plus le cas de l'industrie du tabac lorsque les grands procès ont eu lieu. Reste qu'il faut demeurer vigilant, car les avocats ont de l'argent et du temps. Les industriels doivent donc rester aux aguets. Quels sont les autres risques ? L'autre risque est le risque réglementaire. Ce dernier peut prendre plusieurs formes. D'abord au niveau du marketing. En Suède, par exemple, les publicités de produits alimentaires dirigées vers les moins de 12 ans sont interdites à la télévision. En Europe, la réglementation pourrait évoluer sur l'étiquetage. Enfin, l'OMS a décidé de faire de l'obésité son cheval de bataille et devrait au printemps formuler des recommandations pour les Etats membres. L'environnement réglementaire devrait donc être plus difficile, ce qui pourrait, à terme, peser sur les coûts. Enfin, sur le long terme, l'industrie est exposée à une prise de conscience des consommateurs qui pourrait se focaliser sur des produits considérés comme "bons pour la santé". C'est typiquement ce qui se passe dans le domaine des sodas. Jusqu'en 2000, le marché des sodas était en progression. Depuis 2000, il est stagnant, signe d'une progressive prise de conscience des consommateurs. Quelles sont les sociétés les plus exposées à ces risques ?Ce sont les sociétés dont le portefeuille est inadéquat et qui répondent lentement à ces problèmes. Notre préférence ira évidemment à des groupes, souvent européens, comme Nestlé, qui disposent d'un portefeuille "sain" et qui se montrent proactifs face à l'obésité. D'autres, comme PepsiCo ou Kraft, qui n'ont pas un portefeuille adapté, mais qui se montrent concernés par ces problèmes, sont également relativement à l'abri. Y a-t-il un impact sur la valorisation des groupes agroalimentaires ?Pour le moment, il n'existe aucun impact sur les valorisations. Ainsi, Hershey (ndlr : un chocolatier américain) bénéficie d'une prime par rapport à Danone, alors que le groupe américain est à l'opposé du groupe français en termes d'exposition aux risques liés à l'obésité. C'est la preuve que les investisseurs ne prennent pas ces données en compte actuellement. Autre exemple, le titre MacDonald est remonté alors même que des poursuites judiciaires étaient engagées sur ce thème. Je fais cependant le pari qu'avec l'aggravation des problèmes d'obésité, les valorisations prendront en compte, dans trois ou cinq ans, le positionnement des groupes sur ce domaine.

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