Fusion au sommet dans l'industrie mondiale de la musique

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Après des mois de rumeurs, de négociations et de revirements, le premier mouvement de consolidation dans la musique a enfin été annoncé. Le groupe allemand Bertelsmann va marier sa maison de disques BMG avec celle de Sony, le numéro deux du marché derrière Universal Music. Les deux groupes ont signé une "lettre d'intention non contraignante" dont certains points restent encore à négocier. L'alliance prendra la forme d'une joint-venture, dans laquelle chacun détiendra 50%.En rassemblant leur force, Sony Music, qui détenait en 2002 une part de marché de 14,1%, et BMG (11,1%) talonneront désormais le leader du marché, Universal Music, (25,9%). Dans cette nouvelle société commune se côtoieront donc les artistes des deux maisons, Beyonce, Michael Jackson, Céline Dion ou Bruce Springsteen pour Sony et Britney Spears, Patrick Bruel, Justin Timberlake pour BMG. Les deux groupes sont en discussion depuis septembre mais auraient accéléré le cours des négociations pour anticiper une autre alliance qui semble désormais se dessiner, celle d'EMI et de Warner Music. Globalement, le processus entre les quatre majors a de toute évidence été laborieux. BMG et Warner sont restés cinq mois à la table des négociations sur un projet de joint-venture détenue à parité. Mais selon certaines sources, les deux groupes ne se sont jamais entendus sur la valorisation des actifs apportés par chacun. A l'expiration de l'échéance des discussions, EMI serait revenu dans la course, en recontactant à nouveau Warner Music. Leur rapprochement est maintenant solidement pronostiqué par les professionnels. Selon les dernières négociations, EMI aurait proposé à Time Warner d'abandonner le contrôle de sa branche musique en échange de 25% d'une entité fusionnée et d'un montant en cash d'un milliard de dollars. D'après des sources citées par Reuters, EMI aurait signé un accord avec Citigroup, Goldman Sachs UBS et Royal Bank of Scotland pour obtenir les fonds nécessaires. Une alliance entre Warner (11,9% du marché en 2002) et EMI (12%), créerait un troisième géant du secteur. Et le visage de la concurrence se trouverait alors définitivement modifié. Le marché passerait de cinq majors, dominées par un leader distançant les autres maisons de disque, à trois groupes de poids à peu près égal, et possédant toujours 75% du marché, les indépendants se répartissant les 25% restants.Toutefois, les jeux ne sont pas encore faits. Car, détail non négligeable, Bertelsmann et Sony doivent encore convaincre les autorités de la concurrence. C'est bien en raison du désaccord de Bruxelles que les tentatives de rapprochement entre EMI et Warner en 2000 puis entre EMI et BMG en 2001 avaient échoué. Depuis, la situation économique s'est tendue, ce qui pourrait rendre la Commission un peu moins sévère.En fusionnant, les deux groupes veulent essayer de mieux appréhender la crise du marché du disque. Les ventes ont reculé de 7% en 2002, et sont attendues en baisse de 10% cette année. Pour expliquer cette crise, les maisons de disque critiquent ouvertement le piratage sur Internet qui a proliféré ces dernières années. Mais des études remettent également en cause l'offre musicale, considérée comme étant insuffisamment attractive, ou les prix élevés des disques. Plus généralement, c'est le modèle économique de l'industrie qui serait en train de changer, l'avènement des nouvelles technologies ayant sensiblement modifié le mode de consommation de la musique. Pour preuve, le succès du juke-box numérique d'Apple, l'iTunes, qui permet d'acheter les morceaux de façon individuelle et ainsi de composer ses propres albums. Depuis son lancement au printemps, la firme à la Pomme a vendu 13 millions de morceaux et les offres du même type pleuvent sur le Net (lire ci-contre). Mais les revenus de ces nouveaux formats qui pourraient permettre au marché de repartir ne sont pas attendus avant deux ans. C'est pourquoi, en attendant, face à la baisse des ventes, les économies s'imposent. Pour tenir jusque là, unir ses forces apparaît aujourd'hui comme étant la seule solution.

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