Roulette russe

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Promue au rang d'eldorado boursier depuis quelques années déjà mais devenue la nouvelle coqueluche des financiers friands de marchés émergents ces derniers mois, la Russie vient de voir sa réputation brutalement flétrie par le scandale de l'arrestation du patron du géant pétrolier Ioukos. Une affaire qui tombe mal alors que Moscou était justement redevenue officiellement fréquentable il y a trois semaines : l'agence de notation Moody's avait relevé la note de la dette russe en catégorie d'investissement, signalant la fin du purgatoire où la Russie avait sombré en 1998 en faisant défaut sur 40 milliards de dollars de dette domestique. Une affaire qui a même fait grincer des dents à Washington, qui invite Moscou à dissiper promptement les préoccupations des investisseurs étrangers. Le gel des actions détenues par Mikhaïl Khodorovsky, pour une valeur de plus de 10 milliards de dollars, est apparu hors de proportion avec les dommages réclamés pour fraude et évasion fiscale, qui se montent à un milliard. Bien que très partiellement levé vendredi, ce gel a fait craindre des atteintes au respect de la propriété privée et des règles du libre marché. Une confiscation qui a aussi fait surgir le spectre des nationalisations et d'une "sinisation" du système économique russe, revenant à imposer, à la chinoise, un strict contrôle de l'Etat sur les investissements étrangers, à quatre mois de l'élection présidentielle. Cette affaire a surtout mis en lumière la persistance du risque politique en Russie, comme dans la plupart des marchés émergents. Avec leur sens de la formule si juste, les anglo-saxons ont trouvé l'adage qui définit le mieux ces marchés : "An emerging market is a market from which you can't emerge when there is an emergency". Soit, littéralement, il s'agit de marchés dont on ne peut sortir en cas d'urgence... La place de Moscou, une Bourse casino ? Khodorovsky, bien au fait des risques de la "roulette russe", avait eu la sagesse de prévoir qu'en cas d'indisponibilité, ses droits de vote seraient immédiatement transférés au très avisé Lord Rothschild. Mais derrière les malheurs de l'oligarque, de nombreux spécialistes observent que le scandale a aussi servi de prétexte à une correction nécessaire, sur un marché souffrant de surévaluation.

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