"Les innovations tirent la reprise des secteurs technologiques"

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latribune.fr - Quel bilan tirez-vous de l'année 2003?Benoit Flamant - Il faut bien distinguer deux marchés: le grand public et les entreprises. Les innovations technologiques, dont nous parlions l'an passé, ont comme prévu contribué à relancer différents secteurs, et la tendance s'est même accélérée par rapport à nos prévisions depuis l'été dernier. Par exemple, l'apparition des appareils photos numériques et des écrans couleur dans les combinés mobiles a fortement contribué à accélérer le renouvellement du parc. La tendance s'est même vérifiée aux Etats-Unis, traditionnellement plus en retard en termes de technologies mobiles. Le marché du DVD a continué à progresser et il devrait connaître un regain d'intérêt avec les modèles capables d'enregistrer des programmes. L'électronique grand public a également été favorisée par les écrans LCD.Et concernant les entreprises?La demande émerge pour des produits technologiques dans l'automobile par exemple. C'est le cas des capteurs dans les pneus des voitures américaines. Le marché des systèmes de navigation automobile est en train de démarrer. Autre technologie qui devrait connaître le succès, celle des étiquettes électroniques, qui permettra à terme de scanner des palettes de marchandises sans les ouvrir et donc d'arriver à gérer des stocks en temps réel. Wal-Mart, le distributeur le plus novateur en matière de systèmes d'information, a d'énormes projets. Mais attention, il faut rester lucide : ce sont des projets qui mettront dix ans à se mettre vraiment en place.Au niveau des infrastructures, les entreprises ont adopté une politique d'optimisation de l'existant et elles ne dépensent plus sans compter. Le renouvellement des parcs informatiques est en marche, par exemple. Une croissance du marché du PC de 10 à 11% comme en 2003, ce n'est déjà pas si mal. Et puis, le marché des entreprises devrait s'entretenir avec l'apparition de nouvelles technologies. Je pense par exemple aux outils mobiles tels que le Blackberry ou le Treo 600 d'Handspring, qui percent peu à peu.Que pensez-vous de la position de Nokia sur le marché des combinés?Nokia est très bien positionné sur les pays émergents, notamment en Inde. Bien entendu, les prix de vente sont plus bas qu'en Occident. En revanche, l'équipementier est moins bien placé sur le haut de gamme. Il faut dire qu'en Europe, la demande est tirée par les nouvelles offres multimédia mobile, Live ! de Vodafone et iMode de NTT DoComo commercialisé par Bouygues, KPN, etc... Or, ces modèles de téléphonie ont été directement transposés du Japon et les opérateurs ont continué à travailler avec les équipementiers qui ont fourni les combinés dans l'Archipel. Il s'agit principalement de Sharp, le premier fournisseur de J-Phone, pour Vodafone. Et c'est NEC qui supporte l'offre iMode. D'une manière générale, le seul Asiatique "indépendant" à réussir une percée continue dans le haut de gamme, c'est Samsung. Quant à la montée de LG Electronics dans le quintet gagnant des fabricants de portables, je la trouve plus discutable. En effet, l'équipementier brade énormément et rogne donc considérablement sur ses marges.Le secteur des semi-conducteurs vit une reprise considérable, pensez-vous que le mouvement va se poursuivre l'an prochain?Notons d'abord qu'il se différencie des autres industries technologiques, dans la mesure où il se nourrit de la croissance de tous les marchés finaux : entreprise, consommateur et industrie. Les semi-conducteurs sont actuellement dans un scénario parfait. En raison de la crise, les capacités de production des fabricants n'ont pas suivi la croissance en volume de la demande. En même temps, la demande a fortement repris à partir de l'été 2003. La situation générale devient tendue et l'on assiste déjà à des débuts de pénurie. Les acheteurs, qui craignent d'être à court, commencent à re-stocker. Les prix des puces vont donc continuer à monter. Au mois d'octobre, le marché a progressé de 30% en valeur, dont 10% de croissance due au prix. Nous pensons que cette situation va continuer.Que pensez-vous de la situation de la téléphonie fixe, qui perd du terrain?La voix reste le poumon financier des opérateurs dans les communications fixes. C'est pourquoi l'arrivée à maturité de la voix sur IP en 2003 a été un phénomène important, avec un coté déflationniste évident pour les opérateurs. Le succès de l'ADSL, en France notamment avec la guerre que se livrent Wanadoo, Free et LDCom , ne fait que renforcer ce phénomène. Après l'accès Internet, l'offre la plus naturelle pour les fournisseurs d'accès est la téléphonie. Ces opérateurs peuvent aujourd'hui à moindre coût développer des réseaux IP leur permettant de casser les prix en téléphonie tout en étant rentables. La pression que les opérateurs exercent sur les équipementiers risque donc de persister.Il y a eu pas mal d'opérations de consolidation cette année. La tendance va-t-elle se poursuivre ?La consolidation que nous attendions a bien démarré avec notamment EMC qui a acquis plusieurs éditeurs et Business Objects et Cognos agissant comme consolidateurs dans le marché du décisionnel. Néanmoins, le mouvement semble s'être arrêté ces derniers mois comme si la reprise sur les marchés financiers redonnait espoir à tous les acteurs. N'oublions pas cependant que le nombre d'acteurs a doublé entre 1991 et 2001. Il y en a encore trop. La vigueur de la consolidation sera un facteur clef à surveiller en 2004.Les valeurs technologiques ont beaucoup augmenté cette année. Trop peut-être? La tendance s'essouffle-t-elle? Effectivement, le rythme de croissance des indices technologiques (en dollars), entre mi-mars et mi-novembre, qui a été de 130%, est impossible à tenir. Des valorisations élevées se justifient quand les effets de levier opérationnels sont importants. Sur les plus grosses valeurs, ces derniers sont moins importants. C'est le cas de Cisco par exemple, dont la progression annuelle du profit opérationnel est passée de 67% à 19% entre le quatrième trimestre 2002 et le troisième trimestre 2003. Heureusement, il reste encore bon nombre de sociétés, plus souvent petites ou moyennes, susceptibles d'offrir en 2004 un fort effet de levier opérationnel. C'est pourquoi nous sommes optimistes.

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