"Dans le tourisme, les cours prennent déjà en compte un scénario de guerre"

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latribune.fr- Entre l'épidémie de pneumonie et le début du conflit en Irak, les mauvaises nouvelles semblent s'accumuler pour le secteur du tourisme...Gilles Raffort- Le secteur est caractérisé par une incertitude aiguë. Les résultats des hôteliers et tour opérateurs européens varieront fortement en fonction de la durée de la guerre en Irak, de son extension ou non aux pays limitrophes et de la réaction des réseaux terroristes internationaux. On ne peut exclure également la survenance de nouvelles catastrophes épidémiologiques ou écologiques. Mais, malgré ces multiples menaces, les ménages continueront de voyager et de prendre des vacances en 2003, comme ils l'ont fait l'an passé (le nombre de touristes internationaux a progressé de 3,1% en 2002).A-t-on des précisions sur l'état des réservations ?Sur la saison d'hiver, le chiffre d'affaires comparable est en recul de 1% pour TUI AG et en progression de 3,5% pour Club Méditerranée. A fin février, celui de Kuoni est en hausse de 4%. Globalement, les marchés du Sud de l'Europe (France, Autriche, Italie, Espagne) résistent mieux que ceux du Nord (Allemagne, Grande-Bretagne, Scandinavie). Sur la saison estivale, seul TUI AG s'est pour l'heure exprimé sur le niveau de ses réservations, en recul de 9%. Havas Voyages a également indiqué récemment que les prises de commandes piquaient du nez depuis le 10 février, annulant l'avance prise en début d'année. Enfin, tous les acteurs sont concernés par le phénomène de réservations tardives qui s'est encore renforcé ces dernières semaines.Certains groupes affichent-ils une meilleure capacité de résistance au contexte actuel ?Certains groupes ont déjà prouvé leur forte capacité de résistance, que ce soit à l'occasion de la Guerre du Golfe en 1991 ou plus récemment après les attentats du 11 septembre 2001. Accor, Pierre & Vacances et Kuoni sont les trois sociétés du secteur qui nous semblent les plus résistantes dans la conjoncture actuelle. Accor est clairement le véhicule hôtelier mondial le plus défensif en raison de son exposition aux segments hôteliers les moins volatils, à sa clientèle essentiellement domestique, à la croissance acyclique des services qui représentent le quart du résultat courant et contribuent à la génération d'un BFR négatif. Pierre & Vacances devrait être le groupe de tourisme le moins touché par les conséquences du conflit irakien. C'est d'ailleurs le seul à avoir précisé ses objectifs de résultats pour 2003 (résultat net courant attendu en hausse de 12%). Sa clientèle, privilégiant les courts séjours à prix raisonnables sur des destinations de proximité réputées sûres, devrait rester peu volatile. Enfin, malgré les nombreuses incertitudes qui entourent les perspectives d'activité de Kuoni, nous restons confiants dans sa capacité à rester durablement bénéficiaire et générateur de free cash-flow positif, grâce à la grande flexibilité de son offre haut de gamme. Sa trésorerie nette fortement positive (285 millions de francs suisses) lui offre même la possibilité de se renforcer dans les métiers de spécialités.Est-ce à dire qu'il y a des opportunités en Bourse ?Les cours prennent déjà en compte un scénario de guerre et une reprise molle du secteur à partir de 2004. Dans ce cadre, nous privilégions les valeurs les moins risquées, Accor, Pierre & Vacances et Kuoni, car elles seront les premières à rebondir. Pour les investisseurs bénéficiant d'un horizon d'investissement supérieur à un ou deux ans, nous conseillons toujours Club Méditerranée, même si le cours restera très volatil dans les semaines à venir.Cette volatilité ne pourrait-elle pas favoriser une offre sur la société ?Les fonds d'investissement qui ont un horizon de dix ou douze ans devant eux peuvent se permettre de racheter aujourd'hui à bas prix des actifs hôteliers pour les revendre, à des industriels et avec une plus-value, dans la première phase du cycle de reprise. Dans cette perspective, il nous semble légitime d'imaginer que Club Med puisse intéresser des investisseurs financiers et faire l'objet d'une reprise en LBO ou MBO. Nous sommes convaincus de la sous-valorisation du titre dont nous évaluons le prix plancher à 31 euros, soit l'actif net comptable, qui reflète essentiellement la valeur des 810.000 hectares de terrains situés dans des lieux touristiques de premier plan et les 43.000 lits détenus en propre ou en partenariat.

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