Les ministres de la zone euro plaident pour la "stabilité" des taux de change

Pour qui pouvait encore en douter, il est désormais clair que les autorités européennes ont engagé une vaste opération concertée de déclarations destinées à freiner l'envolée de l'euro face au dollar. La nuit dernière, ainsi, les ministres des Finances des pays de la zone euro (Eurogroupe), réunis à Bruxelles, ont exprimé leur préoccupation face aux "mouvements excessifs des taux de change". Une prise de position qui conforte le changement de ton récent de la Banque Centrale Européenne et qui devrait contribuer à consolider le récent repli de la monnaie unique.Pour les ministres de la zone euro, la priorité n'est donc plus à réaffirmer l'intérêt d'un euro fort... Dans leur déclaration adoptée la nuit dernière, les douze ministres préfèrent affirmer que "dans les circonstances actuelles, nous insistons particulièrement sur la stabilité et nous sommes préoccupés par les mouvements excessifs de taux de changes".L'Eurogroupe affirme certes que sa stratégie en matière de taux de change est inchangée et que "l'euro doit garder sa valeur à moyen et à long terme, en ligne avec les fondamentaux économiques", mais il n'est pas fait mention de la notion d'"euro fort". Ce changement de ton ne doit rien au hasard. Il intervient une dizaine de jour après l'inflexion de discours amorcée par la BCE. En affirmant sa préoccupation face à la forte montée de l'euro vis à vis du dollar, le gouverneur Jean-Claude Trichet, appuyé ensuite par son homologue de la Banque de France Christian Noyer et d'autres responsables de banques centrales d'Europe, a d'ailleurs réussi à infléchir la tendance sur les marchés des changes: après avoir frôlé la barre de 1,29 dollar le lundi 12 janvier, l'euro était retombé hier en dessous de 1,24 dollar. Ce mardi, en revanche, la monnaie unique se reprend, se traitant à 1,2439 dollar en milieu de journée.La cohérence du nouveau discours des différentes autorités monétaires européennes semble donc prise au sérieux par les marchés. D'autant que dans quinze jours aura lieu la réunion des pays du G7, en Floride, où les désordres monétaires devraient figurer en bonne place. Même s'il n'est guère imaginable de voir les autorités américaines revenir sur leur politique actuelle de "laisser aller" du dollar, du moins les Européens et les Japonais devraient-ils peser de concert pour enrayer une chute trop rapide de la devise américaine.Les cambistes s'interrogent donc sur les éventuelles décisions qui pourraient sortir du G7. Les intervenants voient dans les déclarations récentes des responsables européens le signal "qu'il pourrait y avoir une action concertée lors du prochain sommet pour arrêter la hausse de l'euro", explique ainsi un analyste de Mizuho Bank, Hideyuki Tsukamoto, interrogé par l'AFP.Quant au chef économiste de la Banque mondiale, François Bourguignon, il estime dans un entretien paru ce mardi qu'une intervention de la BCE pour freiner la hausse de l'euro "n'est pas exclue", que ce soit sur le marché des changes ou par le biais d'une baisse de taux. "Je comprends les récentes déclarations du nouveau président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, comme signifiant que des interventions (sur les marchés des changes) ne sont pas exclues", affirme-t-il dans les colonnes de la Frankfurter Allgemeine Zeitung. "Si le cours de l'euro devait approcher des 1,40 dollar, alors le taux directeur en zone euro (d'actuellement 2%) serait certainement abaissé", estime-t-il.

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