La douleur du dollar

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Battant record sur record, le dollar glisse tout schuss vers de nouveaux plus bas. Jusqu'à présent, la Banque Centrale Européenne ne semblait guère s'en émouvoir. Mais pour la première fois, jeudi dernier, Jean-Claude Trichet, le nouveau patron de la BCE, a exprimé l'inquiétude de l'institution qui "n'apprécie pas une volatilité excessive, des turbulences excessives" sur le marché des changes. Et de souligner que la glissade accélérée du dollar face à la monnaie unique a "des effets négatifs" sur la compétitivité prix des exportateurs de la zone euro. Effets "partiellement compensés" par la reprise de la demande mondiale, s'est-il empressé d'ajouter pour ne pas alarmer outre mesure les opérateurs. L'effet calmant aura fait long feu. Le dollar s'est offert un nouveau cours plancher vendredi, à 1,2872 dollar pour un euro, le dix-septième depuis début décembre, soit seulement vingt-huit séances ! Historiquement, chaque période de faiblesse du billet vert a correspondu à un repli des marchés européens. L'année 2003 a échappé à la règle, puisque les places du Vieux continent ont toutes enregistré de solides gains, à l'image du CAC 40 (+16%), certes 10 points de moins que le Nasdaq. La dé-corrélation peut-elle perdurer ? Le doute commence à s'installer dans l'esprit des investisseurs. A Paris, le CAC 40 n'a pas maintenu son train haussier, cédant 0,64% la semaine dernière ; l'une de ses vedettes, EADS, archétype de la valeur dollar et pourtant deuxième au palmarès 2003 de l'indice avec une remarquable envolée de 92%, a nettement accusé le coup, flanchant de 4%. Le mois dernier déjà, son patron Philippe Camus avait prévenu que le groupe aéronautique "tenait le coup" à 1,20 dollar pour un euro, mais que si le billet vert devait rester dans les 1,30-1,35 cela "poserait clairement un problème". Il est allé plus loin ce week-end en estimant à quelque 3 milliards d'euros le coût du dérapage incontrôlé du dollar dans les comptes. Une facture tout sauf indolore. Et la solution envisagée, délocaliser les investissements en zone dollar, révèle les multiples manifestations de cette douleur du dollar : ce ne sont pas seulement les comptes des entreprises qui en pâtissent, mais aussi à terme le paysage industriel et l'emploi européens.

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