Offensive psychologique d'Alan Greenspan sur la hausse des taux

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Non seulement les taux d'intérêt américains vont bien augmenter, comme tout le monde s'y attend depuis quelques semaines, mais il n'est pas impossible qu'ils augmentent plus vite qu'on ne le pense généralement: tel est l'avertissement sans ambiguïté qu'a lancé aujourd'hui le président de la Réserve fédérale américaine, Alan Greenspan. S'exprimant dans le cadre d'une conférence monétaire à Londres, le patron de la Fed a en effet laissé entendre que le relèvement des taux pourrait, en cas de besoin, être moins "mesuré" qu'envisagé jusqu'ici...Que la hausse des taux soit désormais inévitable, tout le monde en est bien convaincu. Fixés à 1% depuis un an, c'est à dire à leur plus bas niveau historique depuis 1958, les taux sont désormais complètement décalés par rapport à une économie en pleine croissance. D'autant que la conjonction d'une activité soutenue, de l'affaiblissement du dollar (qui renchérit les produits importés) et de la hausse des prix pétroliers commence à susciter aux Etats-Unis quelques tensions inflationnistes.Dès lors, les marchés, soigneusement préparés par les petites phrases distillées ces derniers mois par Alan Greenspan et ses collègues de la Réserve fédérale, sont persuadés que la prochaine réunion du Comité monétaire de l'institution, le 30 juin prochain, décidera d'un relèvement des taux d'un quart de point au moins.Le président de la Fed n'a donc guère surpris en affirmant aujourd'hui que la politique de taux bas "peut être abandonnée à un rythme sans doute mesuré", ce qui correspond aux attentes des marchés.Plus remarqué a été le passage suivant de l'intervention, quand Alan Greenspan a affirmé que, le cas échéant, la Fed "serait prête à faire ce qui est nécessaire pour remplir (ses) obligations de maintien de la stabilité des prix, afin que la croissance économique soit la plus durable possible". Autrement dit, l'institution n'hésitera pas à relever ses taux à un rythme moins "mesuré" qu'envisagé jusqu'ici...Pourquoi une telle accélération des hausses de taux serait-elle nécessaire? Tout simplement en raison de l'effet pétrole. En effet, a souligné le président de la Fed, "les prix du pétrole élevés, s'ils persistent, pourraient faire grimper les prix à la consommation de même que le niveau total des prix". Auquel cas les tensions inflationnistes qui en résulteraient exigeraient donc une action plus vigoureuse sur les taux d'intérêt. Et ce risque est pris très au sérieux par Alan Greenspan: certes, a-t-il souligné, des baisses des prix du gaz et du pétrole sont intervenues tout récemment, et elles sont "les bienvenues", mais il est trop tôt pour savoir s'il s'agit là d'un véritable retournement de tendance. Et dans l'immédiat, les effets de la hausse des prix du brut sont lourds: celle-ci "siphonne le pouvoir d'achat, les dépenses et la production aux Etats-Unis", a lancé le président de la Fed. Sans doute Alan Greenspan estime-t-il que certains facteurs viendront atténuer ces pressions inflationnistes. "La crainte de perdre des clients devrait dissuader les entreprises de répercuter entièrement" sur ces derniers des coûts plus élevés et "les forces compétitives devraient limiter les marges de profit et au bout du compte les ramener à des niveaux plus normaux", a-t-il affirmé. Mais le risque inflationniste n'en est pas moins bien présent. En lançant cette mise en garde au sujet du rythme de la hausse à venir des taux d'intérêt, le président de la Réserve fédérale poursuit son travail de "préparation du terrain" psychologique des marchés, de façon à éviter des réactions trop brutales quand le mouvement s'engagera effectivement. Et il estime que le message est déjà bien passé: contrairement à 1994, où un relèvement des taux mal anticipé par les marchés avait suscité une chute brutale de ces derniers, "les taux des marchés ont augmenté de façon notable en anticipation d'un resserrement monétaire", a-t-il souligné. Un phénomène d'anticipation que ses déclarations d'aujourd'hui ne peuvent que contribuer à consolider.

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