"L'Espagne devrait rester à la pointe de la croissance européenne"

latribune.fr - La zone euro devrait afficher une croissance de 0,4% pour 2003. Dans ce paysage anémié, l'Espagne fait figure d'Eldorado avec une progression du PIB qui devrait être de 2,4%... Carol Hainaut - C'est même encore plus saisissant quand on se penche sur la contribution espagnole au PIB de la zone euro. Lors de l'exercice écoulé, elle s'est établie à 0,2%, soit la moitié, alors que l'Espagne ne compte que pour 9% du produit intérieur brut de la zone. Le décalage entre les principales économies de l'euroland et l'Espagne est également flagrant sur d'autres points : tout d'abord le chômage. En moyenne sur l'année, celui-ci s'est stabilisé de l'autre côté des Pyrénées alors qu'il est remonté dans la zone euro; d'autre part, les finances publiques sont en équilibre pour la troisième année consécutive. A l'inverse, l'inflation reste le point noir de l'économie espagnole, avec un rythme moyen de 3,1% en 2003 contre 2% pour l'euroland.Quels sont les ingrédients du miracle espagnol?Il y a tout d'abord la question du rattrapage économique. Engagé depuis l'entrée de l'Espagne dans l'Union européenne, le mouvement n'est pas terminé et se traduit notamment par une forte demande intérieure. Pour illustrer les besoins d'équipements qui caractérisent les ménages espagnols, on peut citer par exemple le fait que 35% des véhicules ont plus de dix ans, et ce malgré un dispositif d'incitations fiscales qui existe depuis dix ans. D'une manière générale, le taux d'équipement des foyers reste inférieur à la moyenne eurolandaise. Ce dynamisme de la demande, vérifié également dans le secteur du logement, se répercute évidemment sur les entreprises. L'Espagne dispose donc d'un potentiel de croissance supérieur à celui de ses voisins ayant atteint une plus grande maturité économique: le pays devrait rester à la pointe de la croissance européenne.Le miracle ne risque-t-il pas de se dissiper? Certains observateurs pointent du doigt le risque d'un krach immobilier...Je ne partage pas ce point de vue dans la mesure où des facteurs structurels (économiques et socio-démographiques) sont à l'origine de la hausse des prix immobiliers en Espagne (+17% sur la seule année 2002). Le vieillissement de la population espagnole est plus tardif qu'ailleurs en Europe - les 25/45 ans représentent une proportion importante - et le processus de "décohabitation" (les enfants adultes vivent de moins en moins, comme c'était traditionnellement le cas, au domicile de leurs parents, NDLR) entamé à la fin des années 80 n'est pas achevé. On ne peut néanmoins nier qu'un relèvement massif des taux d'intérêt porterait un coup dommageable au secteur immobilier et par voie de conséquence à l'investissement en logement, l'un des piliers de la croissance espagnole. Cependant, au vu de la conjoncture actuelle, ce scénario ne semble guère crédible et l'Espagne pourra donc compter au cours des prochaines années sur le soutien de l'investissement en logement.Le succès espagnol doit également beaucoup aux financements attribués par l'Union européenne. L'élargissement ne va t-il pas changer la donne?L'importance des fonds communautaires est perceptible, effectivement, dans le niveau des investissements en construction. Actuellement, l'Espagne est l'un des plus gros bénéficiaires. Sur la période 2000-2006, les fonds à recevoir par le pays sont estimés à 56 milliards d'euros, soit 26% du total distribué. Il est évident qu'avec l'arrivée des dix nouveaux pays, l'Espagne sera moins généreusement servie. A l'aune des critères d'attribution actuels, elle ne recevrait plus, par exemple, les fonds de cohésion et seulement trois régions espagnoles resteraient éligibles aux fonds structurels. Cependant, ce n'est pas pour autant que l'économie espagnole ira dans le mur: d'une part, José Maria Aznar avait obtenu, lors de la signature du Traité de Nice, que le retrait des fonds communautaires soit progressif. D'autre part, la consommation restera solide car le rattrapage économique n'est pas achevé et les ménages ne sont pas sur-endettés. Par ailleurs, les finances publiques sont saines, ce qui confère au gouvernement des marges de manoeuvres budgétaires. En fait le principal risque lié à l'élargissement n'est peut-être pas tant celui lié à la disparition annoncée des fonds communautaires que celui de la faible compétitivité espagnole. La vigueur des coûts salariaux, le manque d'investissements en recherche et développement, le défaut de spécialisation de l'économie ibérique sont autant d'éléments qui pèseront lourd à l'heure de l'Europe à 25.

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