Comcast veut s'offrir Mickey pour 66 milliards de dollars

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Le temps des grandes opérations est revenu. Et c'est au tour des médias américains de passer sur le devant de la scène. Le premier câblo-opérateur Comcast a proposé aujourd'hui de lancer une offre publique d'achat sur le groupe Disney. Dans une lettre adressée à Michael Eisner et rendue publique, Brian L. Roberts, le PDG de Comcast, explique avoir pris cette décision après avoir proposé une fusion amicale avec le groupe, une offre que Michael Eisner a refusé.Malgré ce refus, Comcast a décidé de faire une offre de rachat par échange de titres de 54 milliards de dollars, soit une prime de presque 10% par rapport au cours de clôture de mardi. L'opération comprendrait aussi la reprise de la dette de Disney, atteignant environ 12 milliards de dollars, portant le montant total de l'opération à 66 milliards de dollars. Selon l'offre de Comcast, les actionnaires de Disney détiendraient 42% de la nouvelle entreprise ainsi créée. En associant Disney à ses activités, Comcast veut entrer en compétition directe avec d'autres grands groupes de médias tels que News Corp ou Time Warner. Car dans cette hypothèse, le premier câblo-opérateur réunirait la force de son réseau aux activités de contenus de Disney, présent dans la production de films, la télévision (dont font partie les réseaux ABC et ESPN), mais également diversifié dans les parcs à thème. Brian L. Roberts n'en est pas à sa première opération d'envergure. C'est lui qui avait orchestré la reprise de AT&T Broadband, l'ancien numéro 1 du secteur, alors propriété d'AT&T, une opération feuilleton bouclée fin 2001, d'un montant déjà colossal de 72 milliards de dollars. Comcast était ainsi passé de la troisième à la première place du marché, loin devant Warner Cable. Actuellement, Comcast détient 21 millions d'abonnés à son bouquet câblé et 5 millions à son offre d'accès Internet haut débit. Il assure que cela fait de lui le numéro 1 du marché. Cette position dans les réseaux est d'ailleurs l'un des arguments principaux du groupe pour reprendre Disney. "Comme vous l'avez récemment dit, l'une des principales priorités de Disney est la poursuite des innovations technologiques afin de maximiser la diffusion de ses contenus", dit aussi la lettre écrite à Michael Eisner.Michael Eisner fragiliséLa proposition de Comcast arrive au pire moment pour Michael Eisner. Car si ce dernier a refusé la demande en mariage du géant du câble, les membres du conseil d'administration du groupe doivent encore s'exprimer, tandis que les actionnaires auront le dernier mot. En tout cas, Michael Eisner risque de se trouver un peu plus fragilisé. Si le PDG, appelé au secours de Disney en 1984, a eu ses heures de gloires, il s'est trouvé fortement remis en cause ces derniers temps. Roy Disney, le neveu de Walt et ancien administrateur du groupe, lui a ouvertement suggéré de démissionner dans une lettre assassine rendue publique fin décembre 2003. Pêle-mêle parmi les griefs, Roy citait ses méthodes de gestion, source de baisse de moral, la fuite des créatifs les plus talentueux, son incapacité à faire remonter l'audience du réseau ABC... En tout cas, Comcast assure qu'il n'a eu aucun contact avec Roy Disney, ni avec aucun autre actionnaire du groupe Walt Disney. Une façon de démentir l'analyse selon laquelle l'offre de Comcast serait une manoeuvre de Roy ou de ses alliés pour destituer Michael Eisner.En Bourse, les réactions ne se sont pas faites attendre. A mi-séance, le titre Disney, après avoir été suspendu un moment, gagne 14,53%, à 27,58 dollars, signe que les actionnaires n'excluent pas une surenchère de la part de Comcast. De son côté, Comcast dégringole de 8,10% à 31,18 dollars. Et à Paris, le titre Eurodisney s'est envolé mercredi par sympathie de 21,28%.Disney attaque 2004 avec optimismeCompte tenu des circonstances, Disney a décidé de ne pas attendre, comme il était prévu, la fin de la séance boursière pour publier ses résultats. Le groupe de loisirs a profité pour le dernier trimestre 2003 des DVD du "Monde de Nemo" et du "Pirate des Caraïbes". Il a également bénéficié des réductions du coût de ses programmes sportifs. Le tout lui a permis de publier un bénéfice net en hausse à 688 millions de dollars, contre 36 millions de dollars un an plus tôt. Les ventes ont de leur côté remonté de 19% à 8,55 milliards de dollars. Pour l'année qui commence, le groupe prévoit donc une croissance de plus de 30% de ses bénéfices issus des opérations courantes.

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