Un Ricard, sinon rien ?

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Curieusement, depuis que Pernod-Ricard a reconnu officiellement qu'il étudiait une offre de rachat du britannique Allied Domecq, en association avec le conglomérat américain Fortune Brands, propriétaire du bourbon Jim Beam, nul ne semble envisager sérieusement sur le marché une contre-offre. Le numéro deux mondial des spiritueux, au coude à coude avec Pernod en chiffre d'affaires mais plus imposant en termes de bénéfices et de capitalisation, présente un portefeuille digne de faire saliver tous les acteurs du secteur: 14 des 100 premières marques d'alcools haut de gamme, dont le whisky Ballatine's, le gin Beefeater, le cognac Courvoisier, le rhum Malibu, la vodka Stolichnaya, la liqueur de café Kahlua, etc. Les négociations ne sont pas exclusives et Allied Domecq n'a aucune obligation de se vendre, sinon pour se valoriser au mieux. Pernod-Ricard a-t-il vraiment les coudées franches pour avaler sans coup férir le géant britannique? Ou le roi du pastis craint-il de devoir mettre de l'eau dans son anisette - c'est-à-dire surenchérir en cas de contre-offre? Un indice: le groupe français veut aller vite et déposer son offre la semaine prochaine, avant la publication des résultats semestriels d'Allied. Les comptes du groupe de Bristol pourraient dissiper les dernières réticences des autres repreneurs potentiels. On sait que Diageo, le leader mondial incontesté, mastodonte au chiffre d'affaires proche de 13 milliards d'euros, soit quatre fois plus que Pernod, est déjà bien trop imposant pour imaginer un raid sur son challenger. Mais il reste à l'affût si quelques marques venaient à être cédées. Et d'autres ne souffrent pas de ce type de problèmes de poids. Bacardi, le numéro quatre mondial, américain mais immatriculé aux Bermudes, n'a pas du tout envie de voir filer la proie qu'il avait tenté de séduire sans succès il y a quelques mois. Endetté depuis le rachat de la vodka Grey Goose pour 2 milliards de dollars l'été dernier, il ne peut partir à l'assaut d'Allied sans alliés. Il ferait le tour des fonds d'investissement pour trouver des partenaires et essaierait même de convaincre le groupe Brown-Forman, propriétaire du célèbre Jack Daniel's. Mais les deux n'ont pas la surface financière de Pernod. Bacardi aurait aussi démarché Constellation Brands, le premier groupe viticole au monde. Le PDG du groupe de Fairport, dans l'Etat de New York, a déclaré vendredi à CNBC que les vins d'Allied ne l'intéressaient pas, mais ses spiritueux, oui! Patrick Ricard n'est pas le seul à ne pas avoir étanché sa soif de grandir. Il lui faudra déposer au plus vite une offre qui ne se refuse pas avant de pouvoir arroser l'événement d'un verre de son apéritif préféré, celui inventé par son père Paul en 1932. La famille espère rester le premier actionnaire après l'opération? A bientôt 60 ans, réussir ce nouveau pari serait une sortie en beauté, avant de peut-être confier les rênes à un autre Ricard...

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